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UNControllables: l’histoire d’un groupe étudiant anarchiste

UNControllables: l’histoire d’un groupe étudiant anarchiste

Traduction d’un article de Crimethinc

C’est à nouveau cette période de l’année, où les élèves rentrent à l’école. Alors que le gouvernement se dirige vers la tyrannie et que les fascistes tuent des gens dans la rue, il n’a jamais été aussi urgent de s’organiser sur les campus pour promouvoir l’autodétermination et la défense collective contre l’oppression. C’est d’autant plus urgent car de Berkeley à Charlottesville, l’extrême droite s’y est installée pour recruter ses futurs sections d’assaults et supprimer celleux qui critiquent le pouvoir autoritaire. Si vous êtes vous même étudiant.e , c’est le moment de mettre en place vos projets, qu’il s’agisse de fonder un groupe formel d’étudiant.e.s, de coordonner un réseau informel ou au moins de préparer la distribution de littérature. Pour faire notre part du boulot, nous publierons une série d’articles explorant différents exemples d’organisation étudiantes. Dans ce texte, un.e ancien.ne militant.e étudiant.e raconte comment une organisation étudiante anarchiste a vu le jour et tout ce que vous devriez savoir pour pouvoir le faire à votre tour, depuis les formalités administratives jusqu’à l’organisation d’une Radical Rush (NdT: sorte de foires organisées sur les campus états-uniens par des collectifs anarchistes/alternatifs dans le but de se présenter et échanger).


Au commencement

L’idée d’un groupe d’étudiants anarchistes ne faisait pas vraiment parti des mes ambitions lorsque j’ai été accepté à l’université de Caroline du Nord. Ce n’était pas parce que je partageais les objectifs de carrière à long terme de mes camarades de classe, ni leurs objectifs à court terme de se défoncer tous les week-ends. Le fait est, que j’étais déjà anarchiste depuis plus d’une décennie. En ce qui concerne ma vie sociale et mes priorités politiques, j’ai d’abord été anarchiste avant d’être étudiant. De plus, les groupes d’étudiant.e.s radicaux que j’avais rencontrés me rebutaient: ils étaient axés sur une vision à court-terme de réformes intra-universitaires. Je n’étais pas investi dans la démocratisation de l’université; Je voulais la piller et redistribuer ses ressources à des fins révolutionnaires.

« D’autre part, » me suis je dit, si je vais de toute façon passer la majeure partie de mon temps sur le campus, autant en profiter ». En plus, on avait un bon nom: The UNControllables. (NdT: jeu de mots. UNC = University of North Carolina)

Les UNControllables n’ont pas commencé comme un typique groupe étudiant. Trois d’entre nous avaient passé une décennie à faire des trucs de voyageur.euse.s DIY. Nous ne sommes devenus des étudiants que lors d’une sorte de retraite punk à la fin de la vingtaine, l’âge auquel de meilleures bourses sont disponibles. La quatrième personne derrière notre idée était un étudiant omnivore spirituel diplômé (NdT: on a pas compris ce que cela signifiait) que nous avons rencontrée via le mouvement Occupy et qui faisait sa thèse sur les jeux vidéo chrétiens, en d’autres termes, c’était un sacré spécimen. Nous n’avions pas les mêmes objectifs que les autres groupes d’étudiants. Nous ne voulions pas mener des campagnes sur le campus ou recruter autant d’élèves que possible. Nous avions les yeux rivés sur l’argent. Littéralement: les fonds du congrès étudiant.

Avant même que le groupe ne soit officiellement enregistré, les punks sont partis. Cela ressemblait à une mauvaise blague: un collectif de deux? Quand le dernier punk est parti, je me suis senti particulièrement trahi. N’avions-nous pas passé la majorité des années de nos adolescences et de la vingtaines à escroquer et à voler? Comparé à cela, qu’est-ce que c’était de remplir quelques formulaires pour mettre potentiellement la main sur des milliers de dollars? Peut-être n’était-ce pas une forme suffisamment antagoniste de redistribution de la richesse pour les punks, ou peut-être qu’iels avaient rejoint la longue liste, des milliers de punks qui considèrent réellement l’unif’ comme une sorte de retraite. Dans tout les cas, on était plus que deux.

Tout groupe doit commencer quelque part. Une mise en place traditionnel d’organisation sur un campus se concentrerait sur les pratiques collectives: sensibilisation, prise de décision par consensus, vision et stratégie. L’anarchisme a une histoire riche et diverse en ce qui concerne la question de l’organisation, mais pour que ce récit soit honnête, je dois admettre qu’au début nous nous sommes appuyés sur un autre type d’anarchisme – celui qui valorise l’initiative, la volonté, le moi irréductible de ce sujet tabou qui hante l’histoire anarchiste : l’individu !

UNControllables groupe étudiant anarchiste

Les guides sur les bases de l’organisation sur un campus présument que vous avez une équipe qui est entièrement prête à collaborer et participer de façon égalitaire avec vous. Si vous le faites, c’est génial! Malheureusement, parfois, il n’y a qu’un.e militant.e loufoque et peut-être son/sa copin.e qui a une vision idéaliste du Bitcoin et qui vit dans la minisérie Carlos sur Netflix. Ou peut-être il y a un certain nombre d’étudiant.e.s radicales qui s’identifient comme anarchistes, mais choisissent de consacrer leur temps et leurs efforts à des campagnes spécifiques, comme le boycott des ateliers où les gens sont exploité.e.s ou l’accès à des logements sans discrimination de genre, sans avoir de temps pour un autre groupe. NE VOUS LAISSEZ PAS DÉCOURAGER PAR CELA!

La valorisation anarchiste de l’individu était importante quand nous n’étions que deux. Nous n’avons pas laisser le manque de participant.e.s nous empêcher d’agir. Si la participation sert uniquement à légitimer une activité que nous pouvons mener à bien sans elle, la masse imaginée de participant.e.s devient alors simplement une autre autorité que nous nous devons de contourner pour agir.

Cela ne veut pas dire que les UNControllables ont toujours été dépendant.e.s des efforts individuels. Mais durant les six premiers mois, cela dépendait sans aucun doute des efforts de seulement deux d’entre nous! Si nous avions décidé de renoncer parce qu’il n’y avait pas assez de membres, nous n’aurions jamais eu un.e troisième membre et, finalement, un.e quatrième. Et puis, finalement, des dizaines!

La mesure du succès pour tout groupe anarchiste ne devrait pas être sa taille, mais plutôt sa capacité à donner à tou.te.s les participant.e.s les moyens de maximiser leur potentiel individuel. Cela valait la peine de s’en souvenir, même après que de nouvelles personnes nous aient rejoint, de peur que le groupe soit soudainement réduit à un collectif de deux.


Paperasse

En fait, l’enregistrement de notre groupe d’étudiant.e.s a été un jeu d’enfants, même si nous n’avions que deux membres! Lors notre inscription, nous devions écrire quelque chose justifiant que notre groupe était unique et pertinent. Nous avons cherché à savoir combien de livres sur l’anarchisme, écrits par des auteur.e.s anarchistes ou provenant d’éditeurs anarchistes étaient dans la bibliothèque pour affirmer que l’université avait déjà manifesté un vif intérêt pour le sujet. Nous avons également cité des professeur.e.s qui ont publié des travaux au sujet de l’anarchisme, et en particulier les ouvrages publiés par l’université. Enfin, nous avons abordé les événements actuels et la résurgence d’ « anarchiste » comme mot familier. Une fois que nous avons été approuvés, nous avons dû soumettre les statuts et la constitution de notre organisation. Littéralement, tout ce que nous avons fait a été de copier les «points d’unité» du Comité de bienvenue de RNC et quelques instructions sur la prise de décision par consensus trouvées sur Internet pour ensuite les coller dans un document Word. C’était aussi simple que ça. Lorsqu’un formulaire en ligne incluait un champ pour «président d’organisation» ou toute autre direction, nous écrivions simplement: «Nous sommes une organisation non hiérarchique». Cela s’est révélé utile plus tard lorsque nous avons dû faire face à un examen institutionnel plus approndi, car les administra.teur.trice.s essayaient de faire pression sur les groupes radicaux en exerçant des pressions sur leurs dirigeant.e.s ou sur les personnes associées de manière plus officielle au groupe.

Trouver un soutien dans la faculté a été facile pour nous, car l’un des professeurs de l’école faisait parti de notre infoshop local. Cependant, c’est une partie du processus qui peux potentiellement poser beaucoup de problèmes . Idéalement, vous voulez qu’un soutien de la faculté soit trois choses: soutenant, qu’iel laisse faire et qu’iel soit titulaire. En de rares occasions, vous voudrez peut-être que votre soutien de la faculté soit impliqué.e dans le groupe en lui-même, mais en général, iels risquent de perdre davantage à être associé à un groupe de fauteur.euse.s de troubles enragés que ce qu’iels ont à y gagner. Impliquer un.e professeur.e peut conduire à des déséquilibres de pouvoir au sein du groupe, dans lequel les limites professionnelles de votre soutien détermine ce que le groupe décide de faire ou non. C’est aussi la raison pour laquelle vous souhaitez que votre soutien soit titulaire, de cette manière il est moins facile pour l’université de le/la menacer afin de faire pression sur votre groupe.

En fin de compte, tout ce que nous avons réellement accompli au cours de notre première année d’existence fut l’enregistrement officiel du groupe, la tenu d’une réunion de présentation, une discussion anarchiste et un festival de films « Steal Something from Work Day ».


Radical Rush

Bien que nous n’ayons pas fait grand-chose au cours de notre première année, nous avons appris une chose: un peu de détournement aide beaucoup sur le campus. Les gen.te.s ont adoré.e.s notre nom. Donc, pour notre grande idée suivante, nous avions décidé d’utiliser un jeu de mots plus intelligent: Radical Rush Week. Pour ceux qui sont assez chanceu.ses.x pour ne pas savoir ce qu’est une «Rush Week», c’est une semaine au début du semestre pendant laquelle les fraternités et les sororités recrutent de nouveaux/nouvelles membres par le bizutage rituel, l’ivresse et les compétitions de conformité. (NdT: sorte de bleusailles à l’américaine sommes toutes) C’est dégoutant. D’autre part, nous avons aimé l’idée d’une semaine intensive d’activités pour les nouveaux/nouvelles radicales à l’UNC pour se familiariser avec les scènes rebelles sur et hors campus. Nous avons donc baptisé notre premier grand événement Radical Rush Week.

La Radical Rush Week a été le vrai lancement de l’UNControllables sur le campus. Nous avons essayé de nous organiser avec d’autres groupes d’étudiant.es, qu’ielles nous rejoignent et d’offrir à chaque groupe un jour de la semaine pour compléter un atelier ou une activité de leur choix. Cela n’a pas vraiment marché. Beaucoup de groupes étaient trop désorganisés pour faire quelque chose ensemble, mais ne nous l’ont pas fait savoir avant que l’on publie les calendriers Radical Rush. Le seul groupe qui a pris une journée – un groupe communiste du «pouvoir étudiant» – n’a pas fait preuve de réciprocité, aucun.e de ses membres n’ayant participé.e.s à nos autres événements. Plus tard, nous avons entendu de la part d’un.e camarade qui a travaillé avec elleux que leur leader était «terrifié.e» par notre organisation. Radical Rush Week a globalement été un succès, mais ce n’était pas grâce aux autres groupes d’étudiant.e.s auxquels nous avions tendu la main.

D’autre part, les activités anarchistes hors campus comme notre marché local vraiment vraiment gratuit, l’atelier infoshop, une journée de collecte de livres pour les prisonnier.e.s ainsi qu’un concert punk ont remporté un franc succès. Tout au long de l’existence de UNControllables, il a été crucial de tirer parti des liens et de l’expérience d’anarchistes hors campus. Les anarchistes les plus expérimenté.e.s ont aidé.e.s en suggérants des orateurs-trices à inviter et en transmettant leurs connaissances sur l’organisation. Nos relations hors campus signifiaient aussi que nous avions quelque chose d’unique à offrir aux étudiant.e.s, contrairement aux groupes qui revendiquent une vision radicale du monde sans jamais sortir de la bulle universitaire.

Radical rush mobilisation étudiante anarchiste

Lorsque nous avons organisé la semaine de la Radical Rush l’année suivante, nous avons décidé de la remplir d’événements que nous voulions organiser par nous-mêmes , plutôt que d’essayer de la rendre représentative de toute la scène militante du campus. Nous avons pu accueillir le Stimulator de Sub.Media, une travailleuse du sexe anarcha-féministe, la panthère anarchiste Ashanti Alston et un journaliste qui avait documenté la surveillance de la police contre les anarchistes locaux, le tout aux frais de l’université.

N’organiser que des activités anarchistes a beaucoup mieux fonctionné pour nous. En organisant des événements que nous voulions voir, plutôt que ceux que nous pensions qui «ramenerait le plus de monde». Nous avons le sentiment de tirer quelque choses de positif même des évenements où il y avait eu peu de participant.e.s. Comme les événements étaient explicitement anarchistes, voir les mêmes visages lors de plusieurs événements tout au long de la semaine nous a permis de nouer des relations avec des personnes sur cette base et de les inviter à se joindre au groupe. Les gen.te.s qui ont été attiré.e.s par notre groupe après notre deuxième Radical Rush étaient plus enthousiastes à l’idée d’agir avec nous. L’année précédente, la plupart des nouveaux/nouvelles membres ont partagé.e.s leurs énergies entre plusieurs groupes d’étudiant.e.s, laissant une poignée d’entre nous faire le plus gros du travail – ce n’était pas vraiment une dynamique collective.

Les membres de notre deuxième année nous ont montré.e.s un autre avantage à avoir une présence anarchiste sur le campus – nous avions attiré des gen.te.s d’un groupe social différent de ceux composant les autres groupes anarchistes locaux. En Amérique du Nord, il n’y a pas beaucoup d’espaces qui produisent de nouveaux/nouvelles anarchistes. La plupart du temps, les gens y entrent dans le cadre d’activités contre-culturelles ou de manifestations de rue. Bien sûr, il n’y a rien de mal à cela. L’auteur.e de cet article ira même jusqu’à dire que si on constate que les idées et pratiques anarchistes circulent dans des contre-cultures particulières, on devrait s’efforcer de maintenir ces espaces dynamiques et rebelles. D’autre part, le fait que notre groupe soit composé de personnes ne correspondant pas au stéréotype des jeunes anarchistes l’a rendu vraiment spécial. Toutes sortes d’étudiant.e.s se sont rassemblé.e.s dans notre groupe: un.e étudiant.e adulte qui avait fui les États-Unis pour passer son adolescence et le début de sa vingtaine en Chine à s’entraîner aux arts martiaux; Le/la président.e de l’Association des étudiant.e.s musulman.e.s de l’école qui a connu l’anarchisme par le biais d’une classe sur le néolibéralisme; Un.e fugueur.euse d’une famille chrétiennes fondamentaliste qui squattait dans l’université (iel a passé Thanksgiving à dormir dans le département de philosophie); Divers étudiant.e.s dont les parents ont migré.e.s vers les États-Unis fuiant des conditions difficiles; Et un.e lycéen.ne local qui suivait des cours avancés à l’UNC. Nous étions notre propre groupe spécial qui ne correspondait pas à la culture populaire sur le campus, mais ne correspondait pas non plus à la norme contre-culturelle anarchiste. D’autre part, la majorité de notre équipe était blanche, ce que nous devions prendre en considération.


Le Guide de DésOrientation

Après quelques semestres, nous avons appris deux leçons importantes sur l’organisation dans le campus. La première est que, la charge de travail des étudiant.e.s augmente à mesure que le semestre avance; Cela rend les choses au fur et à mesure de plus en plus difficile à faire avancer . Deuxièment, le début du semestre d’automne est le moment idéal pour attirer les étudiant.e.s aux activités de votre groupe.

Par conséquent, nous avoins décidé.e.s d’organiser le début du semestre d’automne avec des activités et de la sensibilisation, en participant même à des événements étudiants ennuyeux – puisque nous étions, après tout, une organisation étudiante officiellement enregistrée. Un conseil: aussi misérables que soient ces événements officiels de sensibilisation des étudiant.e.s, c’est là que finissent beaucoup d’étudiant.e.s mécontent.e.s qui ne font pas parti de la culture des fraternités. Nous avons rencontré beaucoup de nos membres et collaborateurs à ces évenements. Notez ces événements, trouvez un endroit stratégique, soyez agressif.ve.s avec votre propagande (NdT: On est pas trop d’accord là dessus quand même. N’allez pas saoulez les gens), inscrivez les gens intéressés à une mailing-list. La principale chose que nous ayons remise aux étudiant.e.s était un zine que nous faisons chaque été appelé The Disorientation Guide. Sérieusement, un petit jeu de mots peut vous faire faire un long chemin sur le campus.

Le Guide de désorientation comprenait le calendrier des événements de Radical Rush Week, une carte de la ville mettant en évidence des espaces DIY locaux et des projets subversifs, des «publicités» pour des groupes locaux auxquels les gen.te.s pouvaient se joindre et – la partie préférée de UNControllable – un résumé complet des luttes durant l’année écoulé dans notre région. C’était un projet de groupe parfait, car il impliquait des tâches claires (écrire, compiler des informations sur les groupes locaux, mettre en page, rassembler des œuvres d’art et des images à utiliser) pouvant être réparties et complétées durant les vacances d’été des contributeurs.trices.

Nous incluons ici un PDF de l’un de nos guides de désorientation comme modèle pour d’autres groupes d’étudiants anarchistes:

Zine étudiant anarchiste

Cliquez ci-dessus pour un PDF téléchargeable.


L’argent

Toutes les universités n’offrent pas de financement pour les groupes d’étudiant.e.s, mais si elles le font, PRENEZ. Sans vouloir offenser les jeunes qui liraient ceci, l’UNC avait des jeunes littéralement charger de distribuer des centaines de milliers de dollars de financement pour les activités des étudiant.e.s. Il était simple de les persuader et de les impressionner. En dehors du Conseil étudiant, il y avait beaucoup d’autres sources de subventions et de financement: les départements des diverses facultés, un organisme spécialement chargé de financer les activités des étudiant.e.s diplômé.e.s (y compris les groupes d’étudiant.e.s auxquels ielles ont participé.e.s), le conseil d’activités et de divertissement du syndicat étudiant et de plus petits fonds pour des thèmes spécifiques ou des sujets auxquelles certains de nos événements répondaient. Chacune de ces subventions était caché sur Internet dans une URL inconnue et nécessitait une masse de paperasserie ou de champs électroniques à compléter, mais cela s’avéra généralement payant.

Le premier semestre où nous avons demandé de l’argent, nous n’avions aucune idée de ce que nous faisions. Étonnamment, même si c’était la première fois, nous nous sommes beaucoup mieux débrouiller pour naviguer correctement dans la bureaucratie des congrès étudiants que certains groupes qui existaient depuis des années. Nous avons soumis toutes les dépenses imaginable et à peine justifiables pouvant entrer de le cadre de demande de financement: bureaux, fournitures de bureau, bourses pour conférencier.e.s, hébergement pour locuteurs.trices,gaz, location de fourgonnettes, impressions, frais de port … Vous notez tout. Nous nous sommes dit que nous allions nous débrouiller avec tout l’argent qu’ils étaient disposés à nous donner.

Au final, cette année là, nous avions demandé le deuxième plus gros budget parmi tout les groupes . Oups ! Désolé, mais en fait pas désolé.

Viser haut, s’est avéré payant. Nous avions reçu 4 000 $ de financement ce semestre. La majorité de cet argent a servi à payer les demandes de visas et les billets d’avion pour des anarchistes Brésilien.ne.s afin de parler du soulèvement de 2013 qui s’était déroulé là bas. Par la suite, ils ont pu parcourir la côte est et y présenter l’anarchisme et les luttes populaires au Brésil. Le financement n’était pas la seule ressource universitaire qui nous permettait de les soutenir. Certain.e.s professeur.e.s de la faculté des études latino-américaines ont rédigé une lettre d’invitation officielle, ce qui a permis à nos camarades d’obtenir plus facilement des visas.

Mais bien sûr, nos ennemi.e.s allaient détester tout ça. Surtout quand ces ennemi.e.s sont des républicain.e.s du collège et qu’iels reçoivent moins de fonds que notre groupe anarchiste. Ce semestre, le Congrès des étudiants avait rejeté une proposition des républicains du collège pour faire venir un conférencier pro-fracturation hydraulique au campus … Ramenant ainsi leur budget approuvé à 1000$ en dessous de celui des UNControllables! Cela a conduit à une ridicule controverse à petite échelle. Iels avaient «protesté» lors de l’audience suivante du Congrès étudiant – une protestation qui fut par ailleurs assez discrète selon les « normes anarchistes ».. Iels se tenaient juste ensemble, silencieusement, dans le coin le plus éloigné de la pièce. Fox News a finalement repris l’histoire, ce qui permis aux républicains du collège de quand même collecter le financement de leur orateur. Mais nous n’allions pas laisser passer une pareil occasion d’humilier ces jeunes riches pleurnichard.e.s.

La semaine suivante, nous avions envoyé des communiqués de presse annonçant, et donnant une tournure suprenante aux évenements, que les UNControllables organiseraient une collecte de fonds pour les républicain.e.s du collège devant le Old Well, une fontaine à l’intérieur d’une rotonde qui sert de symbole à l’université . Le jour J, nous avons construit une «plate-forme de fracturation» en PVC à côté du Old Well et nous avons présenté notre plan: «Si les républicain.e.s du collège veulent plus d’argent de l’UNC, pourquoi ne suivons-nous pas leurs conseils et forons! … à partir d’ici, au cœur de l’UNC! Fracturons le Old Well!  » Nous avons tenu des pancartes qui disaient : «Qui a besoin d’eau potable de toute façon?» Et on a distribué de « l’eau de fracturation » teintée et sombre, afin que les passant.e.s puissent profiter des avantages de la fracturation hydraulique.

Vous pouvez lire l’intégralité de notre déclaration ci-dessous, à l’annexe II. Voici un extrait:

«En apportant l'hydro-fracturation à l'UNC, nous pouvons permettre à tou.te.s les étudiant.e.s de bénéficier des avantages de l'extraction du gaz naturel: eau empoisonnée, risques d'incendie, déversements accidentels, carcinogènes flottants et de juteux bénéfices pour les riches a notre détriment : tout ce que les républicains aiment. Les républicains du collège se sont plaint que le Congrès étudiant ait un parti pris libéral (NdT: réformiste), mais lorsqu'il s'agit de sacrifier notre santé et notre environnement pour du profit à court terme, démocrates et républicains mettent leurs différences de côté pour trouver un terrain d'entente. L’administration Obama a fait l’éloge de la fracturation, tandis que les gouverneur.euse.s démocrates, de Jerry Brown à Earl Ray Tomblin, tentent de déterminer qui peut vendre son peuple et ses terres pour engranger des bénéfices le plus rapidement possible. "

Ce coup de com’ peut sembler stupide. C’était vraiment idiot. Mais c’était amusant – et ce petit plaisir a grandement contribué à la dynamique de notre groupe.

S’amuser.

Non seulement c’était agréable de s’amuser ensemble, mais l’événement «Fracturons le Old Well» a démontré que l’humour était vraiment bon pour notre groupe en général. Nous avons réalisé un certain nombre d’autres coup de com’ amusants. Nous avons organisé une «marche contre les conneries», nous avons distribué des feuilles de questions-réponses pour désorienter le prédicateur chrétien fondamentaliste qui aurait attaqué « les pécheur.euse.s » en plein milieu du campus, Nous avons envoyé des tonnes de lettres idiotes au journal de l’école. Pourtant, la réaction la plus exagérée que nous ayons eu fut lorsque nous avions décidé de faire un tour à la projection de The Purge: Anarchy.

L’une des manières par laquelle l’université essaie en vain d’empêcher les étudiant.e.s de disparaître chaque week-ends consiste à organiser des projections gratuites de films récemment diffusés. Quand nous avons entendu dire que The Purge: Anarchy allait être diffusé, nous avions estimés qu’il était de notre devoir personnel de défendre la « bonne réputation » de l’anarchie, ou du moins, des bonnes raisons d’avoir une mauvaise réputation. Nous avions écrit une lettre à l’éditeur annonçant nos intentions de perturber la projection et de mettre en place une table dans le hall avec un véritable riot-porn anarchiste. Le lendemain, le/la doyen.ne adjoint.e des élèves a commencé à convoquer les auteur.e.s de la lettre et a continué à le faire quotidiennement jusqu’au jour de la projection du film. Nous devenions nerveu.se.x que l’université prenne cela un peu trop au sérieux.

Puis, un autre problème est apparu: nous avons téléchargé une copie du film et il s’est avéré que The Purge: Anarchy est en fait un vraiment bon film! C’est essentiellement un film de guerre de classe où les protagonistes sont au côté.es d’une armée clandestine de pauvres révolutionnaires noirs qui ont décidé de renverser la classe dominante oppressive et raciste. Fuck yeah!

Ainsi, plutôt que de pourrir le film aussi durement que prévu à l’origine, nous nous sommes plutôt inspirés du projet A pour Anarchy et nous avons utilisé le film pour promouvoir nos idées. Mais nous avons quand même un peu trollé.. Nous avons imprimé des brochures avec une critique anarcho-geek du film à l’intérieur, et un « guide de participation du public » au verso.

Lorsque nous sommes arrivés, tôt, afin de trouver un bon endroit pour distribuer des tracts, nous avons été surpris de voir une escouade d’agents de policier.e.s armé.e.s avec des gilets pare-balles et un chien renifleur de bombes sortant du théâtre. L’agent avec le chien a ensuite confirmé aux gen.te.s qui s’occupaient des entrés que tout était «sûr». Les flics sont restés dans le théâtre durant tout le film. C’était tellement bizarre. Néanmoins, cela était très amusant quand notre groupe d’anarchistes et de sympathisantes,qui y allait d’ailleur à fond, encourageaient et applaudissaient la «purge» d’instrument du gouvernement dans le film. La section du courrier des lecteurs de la semaine suivante était remplie d’échanges de lettres pour savoir si la présence policière était justifiée ou «une démonstration de force inutile … menaçant de violence et incitant à une tragédie».

Et puis c’est devenu réel

Nous avons pu être aussi stupide avec les réactions à  » The Purge: Anarchy » et «Fracturons le Old Well», car elles n’avaient pas d’importance pour d’autres groupes. D’autre part, avec la vague croissante d’actions de Black Lives Matter à l’automne 2014, nous nous sommes rendu compte que nous devions accorder plus d’attention à la façon dont nous interagirions avec les autres groupes personnes qui étaient également impliquées dans celles-ci. Au début du semestre, un certain nombre de nouvelles participant.e.s de l’UNControllables ont contacté.e.s certaines des organisations étudiantes noires sur le campus pour mettre en place un «Rassemblement de soutien à la résistance de Ferguson». Les diverse organisations impliquées avaient des attentes différentes quant à son déroulement

Quand le rassemblement s’est transformé en une manifestation non autorisée qui bloquait l’intersection principale de la ville, un.e des coorganisateurs/trices d’un groupe de poésie noire a attiré l’attention de la foule et a crié: «Ce n’est pas dans l’esprit de Ferguson! C’est le moment de guérir! Nous devrions être en deuil!  » Après un moment de tension, les gens ont commencé à crier:

« C’est de cette façon que Ferguson est en deuil! » Répondu un.e protestataire.

« À Ferguson, ils ont fait le deuil en brûlant le QT! » (NdT; QuickTrip, une station essence) Dit un.e autre.

« C’est comme ça que je fais le deuil!« 

Durant le reste de la manifestation, les participant.e.s ont discuté.e.s respectueusement des types de réponses qu’il fallait apporter suite aux meurtres policiers et à la rébellion populaire. En y repensant, cela aurait probablement dû être la manière de commencer ce rassemblement, plutôt que d’abandonner les coutumes anarchistes et de nous dépêcher de marcher. Plus tard au cours de l’automne, pendant des rassemblements en réponse à la non-inculpation des flics qui avaient tués Mike Brown et Eric Garner, ces discussions ont eu lieu collectivement avant les départs des lieux de rassemblements. Dans un cas, la discussion s’est limitée aux personnes de couleur. Ne pas se précipiter dans la manifestation et avoir d’abord tenu une assemblée pour savoir ce qu’il fallait y faire avait permis une collaboration beaucoup plus grande des participant.e.s dans les tactiques de confrontation qui y étaient utilisées, et cela incluant même des blocages routiers et des confrontations avec la police,- allant bien au-delà d’un simple blocage de quelques minutes d’une intersection routière dans une petite ville universitaire.

Bien que les discussions en face à face à la fin du rassemblement de soutien à la résistance de Ferguson aient été respectueuses et engageantes, un fil de discussion a été publié sur Facebook et est devenu totalement incontrôlable. Les deux côtés étaient moins enclins à se faire confiance sur Facebook,et ce y compris entre des membres d’UNControllables. D’un côté, certain.e.s personnes du collectif pensaient que le rassemblement avait été fait dans la précipitation et que le défendre sur Facebook était irrespectueux. D’autre part, une des personnes qui avait aidé à organiser la marche s’est sentie mise en retrait après y avoir mis ses meilleures intentions et ses efforts. Pire encore, les deux visions s’opposant sur Facebook semblaient aller de pair avec des considérations raciales, l’une accusant les anarchistes blancs de les avoir mis mal à l’aise avec la marche et l’autre publiant des tirades défensives des anarchistes blancs. La division entre les deux parties était profonde et faisait que certain.es membres ne se sont plus parlé.es pendant des semaines.

En plus des conflits internes, c’était le premier semestre où notre groupe s’est finalement opposé aux autorités de l’État et de l’université. Nous avions découvert que le copyshop de l’université où nous avions imprimé.e.s tous nos dépliants remettait des copies de nos documents à la police. Le/la doyen.ne nous harcelait et demandait à nous parler individuellement. Le département de police de Durham a publié un rapport après les manifestations de Black Lives Matter, accusant des anarchistes extérieur à la ville d’avoir dirigé toutes les activités illégales de la manifestation, tout en mentionnant les UNControllables, par leur nom, dans le cadre de cette prétendue cabale.

Cela signalait une légère hausse de la surveillance. On ne peux pas dire que c’était une surveillance de grande qualité: quand il s’agissait de décrire ce que les anarchistes avaient exactement faits lors de ces manifs, la police de Durham écrivait que «des éléments anarchistes commettront des actes d’anarchie». Ooookay? Plus effrayant, quelques personnes proches de notre groupe ont été arrêtées et ont terminé.e.s le semestre en ayant des poursuites judiciaire, mais pas pour des activités liées à UNControllables.
Conclusion / début

Nous espérons que cette brève histoire pourra inspirer des groupes d’étudiants anarchistes similaires. Il pourrait sembler contre-productif de mettre fin à cette histoire sur cette sombre note de répression, de conflits internes et de perspectives peu prometteuses. Mais je veux terminer en abordant ce point faible précisément parce que ce n’était pas la fin de notre groupe. Au cours de ces deux années d’organisation collective et d’entraide, les relations au sein de UNControllbles ont évolué au point que nous avons voulu apprendre de nos erreurs et augmenter nos efforts ensemble. Plutôt que d’abandonner le groupe face aux conflits et à la répression, nous avons tou.te.s choisi de discuter de nos désaccords et de nous soutenir mutuellement dans les moments difficiles.

En réponse aux répercussion du rassemblement de soutien à la résistance de Ferguson, nous avons eu une discussion de plusieurs heures pour rétablir les relations au sein de notre groupe et discuter de la manière dont nous allions interagir avec d’autres groupes lors de futurs organisations d’événements. Permettez-moi de formuler la chose autremnet:plutôt que de se snober les un.e.s les autres et de se chamailler sans discernement sur Internet, des adolescent.e.s du 21e siècle se sont réuni.e.s, en personne, pour régler leurs différends! En outre, certains d’entre nous ont retenu la leçon suivante: si votre objectif principal avec un groupe d’étudiant.e.s anarchistes est de vous approprier des ressources, il est préférable de ne pas rentrer dans une conflictualité légalement douteuse au nom de votre groupe. (NdT: Cela n’empêche pas de le faire sans utiliser le nom de votre groupe. De même le besoin d’argents, de locaux ou autres ne devraient pas selon nous vous empêcher d’avoir le niveau de conflictualité que vous souhaitez)

Trois ans après ce moment de faiblesse, les UNControllables sont toujours là. En fait, lorsque Trump a remporté les élections, la même stratégie qui avait déclenché le conflit dans le rassemblement de soutien à Ferguson – occuper le carrefour principal de la ville – était devenu la tactique utilisée par tou.te.s celleux qui manifestaient leur résistance à son régime. Cette fois, ça a duré des heures. Repousser les limites n’est pas toujours façile ou populaire, mais peut ouvrir l’imagination populaire à des possibilités plus ambitieuses, en prévision du moment où tout le monde reconnaîtra l’importance de contester le statu quo.

Malgré les difficultés, sans parler des nombreuses erreurs gênantes commises en étant un jeune groupe de jeunes, le groupe UNControllables a été l’un des projets anarchistes les plus simples auxquels j’ai participé et il a eu des résultats directs. Nous avons pu redistribuer des ressources pour soutenir des luttes anarchistes dans le monde entier. Nous avons pu attiré de nouvelles et nouveaux anarchistes provenant d’organismes sociaux dans lesquels la présence anarchiste récente était quasi inexistante. Nous avons ouvert l’imagination d’autres étudiant.e.s rebelles sur ce à quoi peut ressembler la résistance.

Nous espérons que ce récit encouragera des anarchistes qui fréquentent les universités à faire de même.


Annexe I: Six questions avec les UNControllables d’aujourd’hui

Afin de poursuivre cette histoire, nous avons rencontré les membres actuel.le.s des UNControllables et leur avons posé quelques questions.

Est-ce que le fait que UNControllables ait cinq ans d’existence a aidé ou nui aux efforts d’organisation actuels?

Notre histoire en tant qu'organisation étudiante nous encourage, à bien des égards, à continuer à agir et à nous battre. Nous avons eu la chance de voir nos ancien.e.s membres transmettre leurs savoirs en matière d'organisation, tout en sachant que UNControllables avait changé en ayant des membres différent et en s'adaptant à des besoins actuels différents.

En tant que groupe qui existait depuis quelques années avant l’ère Trump, et qui continue d’exister actuellement, quel genre de conseil donneriez-vous à d’autres qui souhaiteraient démarrer des groupes anarchistes sur un campus?

Connaissez votre histoire. Connaissez l'histoire de l'université. Connaissez l'histoire de votre ville. Enquêter plus profondément sur ce qui a conduit aux problèmes que nous avons maintenant et en quoi cela se rapporte à votre contexte spécifique. Il se passe beaucoup de choses en ce moment, mais vous implanter là où vous êtes, diversifier vos tactiques et collaborer avec d'autres groupes peuvent grandement vous aider.

Comment conciliez-vous vos aspirations folles et révolutionnaires avec le train-train quotidien banal d’une formation universitaire?

Chacun.e a une façon différente d’équilibrer formation universitaire et activisme, mais en général, nous essayons de mettre en place une division du travail dans laquelle les différent.e.s membres «référent.e.s» mettent en place diverses tâches pour lesquelles iels ont le temps de travailler afin d’atteindre nos buts et objectifs. Etre volontaire pour le rôle de "référent.e" signifie avoir la responsabilité principale de l'organisation d'un événement, avec l'aide de quiconque est disponible et intéressé.

Que peuvent faire les anarchistes qui ne sont pas universitaire, à l’extérieur du campus pour aider à stimuler la croissance des groupes d’étudiant.e.s anarchistes dans leurs universités locales?

La diffusion d'informations sur l'anarchisme et les mouvements de libération est l'un des meilleurs moyens de stimuler la croissance d'une organisation étudiante, en offrant aux étudiant.e.s une introduction à la politique radicale. Au-delà de cela, les anarchistes hors campus peuvent aider en collaborant avec des groupes d’étudiant.e.s lors de présentations, d’ateliers et de séances de partage de savoirs.

Quels rôles jouent selon vous les groupes d’étudiant.e.s dans le mouvement anarchiste dans son ensemble?

Les groupes étudiants radicaux peuvent servir d'introduction à une forme de politique radicale pour les étudiant.e.s qui n'ont pas encore été exposés à ces idées auparavant. Ils peuvent aussi fournir une éducation et de l'information à celleux qui souhaitent en apprendre davantage. En parallèle, ils agissent également comme un catalyseur d'activisme sur campus et fournissent une structure organisationnelle pour la planification d'autres types d'action.

Votre organisation étant très centré sur son financement, l’argent a-t-il déjà causé des problèmes dans le groupe?

Compte tenu de la nature de notre organisation, le financement que nous recevons de la direction de l'université a toujours été précaire. Même avec les subventions que nous obtenons, il n'est pas rare que nous ayons à trouver d'autres moyens afin de financer tous nos événements et activités.

Contact: CarolinaUNControllables (at) gmail (dot) com


Annexe II: Fracturons le Old Well!

Voici notre déclaration « Fracturons le Old Well » en entier:

"Avant de révéler notre plan de collecte de fonds pour les républicains, nous voulons expliquer pourquoi un groupe anarchiste ferait une chose pareil. Dans le cas où vous n'auriez pas suivi la controverse sur la «grille de financement», laissez-moi d'éclaircir cette histoire pour vous. Les républicains du Collège ne parvenait pas à convaincre le Congrès étudiant que leurs événements avait plus de valeurs que nos événements anarchistes. Pour être plus précis, le congrès étudiant a réduit le budget de 5 000 $ pour un événement faisant la promotion de fracturation hydraulique, une méthode d'extraction de gaz naturel contribuant aux cancers, à la pollution des eaux et aux changements climatiques. Ayant nous même subi une coupe de 10 000$ dans notre financement, nous comprenons leur douleur. Il peut être humiliant de ramper aux pieds du gouvernement pour demander du financement, tandis que certains organismes politiques se demandent si vous méritez d'avoir accès à de telles ressources. Les républicains doivent maintenant vraiment comprendre ce que ressentent les millions de personnes obligées de se tourner vers l'aide sociale pour survivre. Heureusement pour eux, les républicains des collèges ont rapidement réussi à attirer des donateurs fortunés en se plaignant publiquement de «la grille financement», ce qui leura permis d'obtenir le double de ce qu'iels demandaient à l'origine au Congrès étudiant.. Nous applaudissons cette solution et encourageons les républicain.e.s à partager les noms et adresses de leurs riches donateurs/trices, afin que partout les pauvres puissent redistribuer les richesses privée jusqu'à ce que plus personne n'ait besoin de l'aide du gouvernement. De toute évidence, les républicains ont accès à l’argent des entreprises capitalistes pour amener leurs orateurs pro-fracturation sur le campus, mais iels préfèrent utiliser l’argent provenant des autres étudiant.e.s, surtout si celui-ci s'éloigne par la même occasion des causes radicales. Cependant, les anarchistes de l'UNC ont réfléchi à un projet lucratif de collecte de fonds pour les républicains qui répond à tout leurs objectifs - fracturons le Old Well!

«Si la fracturation est une si bonne idée, pourquoi ne pas commencer ici, à l'UNC, en son centre, le Old Well? Les partisan.e.s de la fracturation, comme le sont les républicain.e.s du collège, ignorent les conséquences tels que les terres dévastées et les bassins hydrologiques pollués, puisqu'iels ne font pas partie de celleux qui peuvent littéralement mettre le feu à l'eau qui sort de leurs robinets. Iels mettent l'accent sur les avantages économiques pour les propriétaires fonciers et les petites entreprises, qui peuvent gagner quelques emplois temporaires. En échange de cela, iels forcent le reste d'entre-nous à dire au revoir à une eau potable propre.

«En amenant la fracturation hydraulique à l'unif, nous pourrions permettre à l'ensemble du corps étudiant de profiter des avantages de l'extraction du gaz naturel: eau empoisonnée, risques d'incendie, déversements accidentels, cancérogènes flottants librement dans les eaux et beaucoup de profit pour les riches à notre détriment: toutes ces choses que les républicain.e.s aiment. Les républicain.e.s du collège se plaignent que le Congrès étudiant ait un parti pris libéral (NdT: au sens états-uniens du terme: réformistes de "gauche"), mais lorsqu'il s'agit de sacrifier notre santé et notre environnement pour des bénéfices à court terme, démocrates et républicain.e.s effacent leurs différences pour trouver un terrain d'entente. L’administration Obama a fait l’éloge de la fracturation, tandis que les gouverneur.euse.s démocrates, de Jerry Brown à Earl Ray Tomblin, tentent de déterminer qui peut vendre son peuple et ses terres pour engranger des bénéfices le plus rapidement possible.

«Mais nous ne nous concentrons pas uniquement sur les républicain.e.s du Collège. Si cette collecte de fonds est couronnée de succès, nous proposons au Conseil étudiant que l'ensemble des étudiant.e.s de l'UNC puissent résoudre la crise budgétaire en pratiquant la fracturation hydraulique dans leur propre université. La législature de l'État est bien trop occupée pour pouvoir aider les étudiant.e;s qui seront contraint.e.s d'abandonner leurs études si les frais de scolarité continuent à augmenter. Au lieu de cela, iels travaillent dur pour faire fermer les services de santé destinés aux femmes et accorder des allégements fiscaux aux sociétés capitalistes. Faisons donc notre part du boulot en fracturant le Old Well ici même à Chapel Hill. J'espère que vous avez fait vos réserves d'eau en bouteilles.

"Honnêtement, cependant, la véritable rivalité mise en avant par 'la grille de financement' n'est pas entre libéraux et conservateur.trice.s. La vraie rivalité a lieu entre les nantis et les démunis. Les riches de cette école, comme celleux de la société dans son ensemble, ont l'habitude d'obtenir ce qu'iels désirent et d'accumuler notre argent. Mais les choses changent à l'UNC, tout comme en Turquie, au Brésil, en Espagne, en Grèce et en Afrique du Nord. C'est pour cette raison que nous avons demandé de l'argent au Congrès étudiant. Pour pouvoir faire venir parler des participant.e.s à ces mouvements et nous aider à comprendre comment nos luttes sont reliées à travers le monde. Des gens se défendent partout contre l'exploitation et l'oppression, et si les républicain.e.s du collège veulent utiliser notre argent pour promouvoir les intérêts des riches, au détriment de notre terre et de notre santé, il est préférable pour elleux qu'iels soient prêt.e.s à se battre.

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