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Trois mois d’insurrection: Un collectif anarchiste à Hong Kong évalue les acquis et les limites de la révolte

Trois mois d’insurrection: Un collectif anarchiste à Hong Kong évalue les acquis et les limites de la révolte

Traduction d’un article de Crimethinc

Dans la chronologie et l’interview suivantes, un collectif anarchiste de Hong Kong présente un aperçu complet du soulèvement qui a duré des mois, en passant en revue ses réalisations, en identifiant ses limites, en célébrant les moments inspirants d’entraide et de défi, et en critiquant la manière dont il doit encore dépasser un cadre fondé sur l’appel à l’autorité et l’indignation citoyenne. Ceci fait suite à l’interview que nous avions publiée avec le même groupe en juin.

La lutte à Hong Kong s’est polarisée au niveau international. Certain.e.s théoricien.ne.s du complot sont déterminés à interpréter toute forme de protestation contre le gouvernement chinois comme une simple machination du département d’État américain, comme s’il était impossible pour les manifestant.e.s de définir leur propre agenda en dehors du contrôle de l’État. D’autres soutiennent le mouvement sans se soucier des mythes nationalistes et néolibéraux qui y règnent encore.

Les événements de Hong Kong montrent comment un mouvement peut activement rejeter la légitimité d’un gouvernement, de ses lois et de sa police, tout en conservant une confiance naïve en d’autres gouvernements, d’autres lois, d’autres forces de police. Tant que cette foi reste sous une forme ou une autre, le cycle est appelé à se répéter. Pourtant, les derniers mois d’insurrection à Hong Kong peuvent nous aider à imaginer à quoi pourrait ressembler une lutte mondiale contre toutes les formes du capitalisme, du nationalisme et de l’État – et nous aider à identifier les obstacles qui subsistent pour l’émergence d’une telle lutte.

Des graffitis sur le mur du siège de la Banque de Chine, au centre de Hong Kong. Parmi un ensemble de photos de kjbb, ttbb, hybb de tclc.

Chronologie des événements

Vous pouvez trouver une chronologie plus détaillée ici . Si vous connaissez déjà les événements des trois derniers mois, passez directement à l’interview ci-dessous.

Juin 2019

Au printemps 2019, le gouvernement de Hong Kong a présenté un projet de loi autorisant l’extradition de personnes de Hong Kong vers d’autres pays, y compris la Chine continentale.

Une manifestation pacifique massive contre le projet de loi sur l’extradition a eu lieu le 9 juin, à laquelle ont assisté des millions de personnes. Au cours de la semaine suivante, certaines personnes présentes sur le forum en ligne, LIHKG, ont proposé.e que le mouvement utilise des tactiques de protestation économique, par exemple le retrait de tout l’argent présent sur des comptes d’épargne et des grèves générales. Cela ne s’est produit à une échelle visible que bien plus tard.

Le 12 juin, lors d’une réunion du conseil législatif sur le projet de loi sur l’extradition, des manifestant.e.s et des policier.e.s se sont affrontés autour du siège du gouvernement et de la tour CITIC. La réunion a été ajournée. La police a tiré plus de 150 cartouches de gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc sur les manifestant.e.s, blessant de nombreuses personnes; iels ont arrêté cinq personnes,en les accusant d’émeute.

Bien que le gouvernement ait annoncé le 15 juin que le projet de loi sur l’extradition serait suspendu, un manifestant est décédé plus tard dans la journée. Dans le testament qu’il a laissé, il a appelé au «retrait complet du projet de loi sur l’extradition, au retrait des accusations d’émeute, à la libération sans condition des étudiant.e.s blessé.e.s; à la démission de Carrie Lam.  » À partir de ce moment, la plupart d’entre elles ont été comptées parmi les revendications de la lutte. Deux millions de personnes ont participé.e à des manifestations dans la rue le lendemain, le 16 juin.

Fin juin au 1er juillet

Le 21 juin, les manifestant.e.s ont procédé aux premières expériences de «guérilla», se déplaçant du siège du gouvernement au siège de la police, à la tour du revenu et à la tour de l’immigration dans le district voisin, bloquant les entrées et fermant temporairement leurs services respectifs. Certain.e.s sont retournés à la tour des revenus le lendemain, le 22 juin, pour présenter leurs excuses aux usager.e.s pour cet inconvénient.

Une campagne publicitaire mondiale financée par crownd-funding, appelant les dirigeant.e.s du G20 à réagir à la crise de Hong Kong le 26 juin, n’a généré aucune réponse perceptible. Deux autres manifestants se sont suicidés à la fin du mois. Le désespoir s’intensifia, poussant beaucoup à suggérer que la lutte était confrontée à un «dénouement» à l’approche du 1 er juillet.

Ce jour-là, le 1er juillet, des manifestant.e.s ont pénétré par effraction dans le bâtiment du Conseil législatif (LegCo). Des manifestant.e.s pacifistes ont exprimé leur inquiétude en privé à propos de cette action mais ont finalement choisi de ne pas condamner celleux qui s’y étaient engagé.e.s. Quatre manifestant.e.s entrés dans la salle du conseil ont refusé de partir lorsque la police anti-émeute est arrivée et une douzaine de manifestant.e.s sont rentré.e.s pour les «secourir». À partir de ce moment, les résolutions de «ne pas scinder» en factions (割) et «venir (arriver à la manifestation) et partir (échapper à la police anti-émeute) ensemble» (上 齊) ont défini l’éthique collective de la lutte.

Un graffiti disant «La révolution ouvrira la voie à une forme d’amour encore plus belle». Parmi un ensemble de photos de kjbb, ttbb, hybb de tclc.

Début juillet: le conflit se propage

Au cours du Mouvement des parapluies de 2014, des manifestant.e.s avaient inventé le mur de Lennon, un tableau d’affichage public impromptu et non autorisé, permettant aux «citoyen.ne.s consciencieu.x/ses» de «demander réparation pacifiquement au gouvernement » d’une manière largement visible. En juin 2019, ce modèle avait transcendé ses origines strictement pacifistes pour assumer les fonctions de diffusion d’information et de stratégie de coordination. Le 30 juin, la police a détruit le mur de Lennon que les manifestant.e.s avaient installé au siège du gouvernement. En réponse, les murs de Lennon ont commencé à apparaître dans tous les principaux districts, occupés et gardées jour et nuit.

Bien que personne n’ait été arrêté le 1 er juillet, de nombreuses personnes craignaient des représailles ultérieures de la part de la police. Certain.e.s ont fui vers d’autres pays. La nécessité a obligé tout le monde dans la lutte à mémoriser, par cœur, ce qu’iels devraient dire — et ne pas dire — lorsqu’iels se font arrêté.e.s par la police. La phrase «J’ai le droit de garder le silence» (冇 野) est devenue un mème populaire, et la répétition de ce mantra a commencé à être utilisée comme moyen de votez en faveurs de messages sur le forum du LIHKG.

Le 7 juillet, un premier rassemblement a eu lieu en dehors des principales zones de protestation de l’île de Hong Kong, avec des slogans et des tracts destinés aux touristes continentaux fréquentant la région. Les manifestations se sont étendues à plusieurs autres districts au cours des semaines suivantes, notamment à Shatin le 14 juillet. Les habitant.e.s du quartier ont manifesté leur soutien en jetant des planches de natation par la fenêtre aux manifestant.e.s afin qu’elles servent de boucliers et en criant sur la police qui était entrée dans leur lotissement. La police a chargée dans un centre commercial pour la première fois, laissant le sol du centre commercial Shatin New Town ensanglanté. Le train à destination de Shatin a été suspendu sur ordre de la police, tandis que des équipes de covoiturage auto-organisées ont été constituées pour faciliter l’évasion des manifestant.e.s.

Le 17 juillet, après quelques violents affrontements, des milliers de personnes âgées ont manifesté leur soutien aux jeunes manifestant.e.s, déclarant qu’iels n’étaient pas des imposteur.euse.s conserva.teur-trice.s comme le sont tant de membres de leur génération, à l’instar de celleux apathiques et apolitiques que les jeunes appellent «vieilles ordures». ”

21 juillet

Une marche vers le bureau de liaison de la Chine – le point de presse officiel du parti communiste chinois à Hong Kong – a vu l’emblème national de la Chine maculé d’une épaisse couche d’encre. Pour la première fois, les gens ont scandé en masse le slogan »Restaurer la splendeur de Hong Kong, la révolution de notre époque. » (香港 時代). La police a tiré des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des grenades en éponge 1 sans sommation.

Pendant ce temps, à la gare de Yuen Long, des triades en chemise blanche 2 ont agressé des manifestant.e.s et des civils dans le train. Certain.e.s pensent que le législateur pro-Pékin Junius Ho était derrière cette attaque. Les agressions ont eu lieu avec l’aide de la police, qui est restée les bras croisés. Peu de leurs auteur.e.s ont été arrêté.e.s et aucun.e n’a été inculpé. Cet incident a suscité une profonde rage populaire contre la police.

Des graffitis disant «Au début, la police n’existait pas.» Parmi un ensemble de photos de kjbb, ttbb, hybb de tclc.

Fin juillet à début août: escalade

Pour la première fois de mémoire populaire, la police a refusé de délivrer une autorisation pour la marche qui devait avoir lieu à Yuen Long le 27 juillet, une semaine après l’attaque de la triade. Des milliers de personnes ont défié dans la rue malgré tout. Marcher sans permission est depuis devenu la norme. Un malentendu s’est produit entre les manifestant.e.s concernant l’heure de départ «convenue», ce qui a entraîné de longues discussions sur LIHKG et des appels pour une meilleure communication entre les lignes de front et les rangées de militant.e.s derrière elles.

Le 28 juillet, 49 militant.e.s ont été arrêtés; la plupart ont été accusés d’émeutes. À partir de ce jour et jusqu’au début d’août, les manifestations sont devenues plus spontanées et éphémères, les manifestant.e.s se rendant à différentes stations par le métro de Hong Kong, MTR (Mass Transit Railway), visant principalement les postes de police. Pour la première fois, des personnes ont commencé à lancer des molotov et des briques sur les postes de police, ainsi qu’à utiliser des frondes. De plus en plus de personnes du quartier sont venues soutenir la lutte, criant après la police et les reconduisant à leur commissariat. La police a déployé à plusieurs reprises des gaz lacrymogènes dans des zones résidentielles et autour de résidences pour personnes âgées.

Des gens ont bloqué le tunnel Cross-Harbour le 3 août. Le 5 août, une escouade d’officiers masculins a emmené une manifestante à Tin Shui Wai, soulevant délibérément sa jupe et l’exposant. Au même moment, des informations faisant état d’agressions sexuelles dans les commissariats de police ont commencé à circuler.

Le 5 août, des milliers de personnes ont participé à une «grève générale» dans différents districts. Des gens ont bloqué les portes des wagons du MTR tôt ce matin-là, bloquant presque toutes les lignes du MTR. (Cela avait été «répété» le 30 juillet, lorsqu’une station avait été fermée tôt le matin, suivie de blocages brefs et périodiques à diverses stations de correspondance importantes sur l’île de Hong Kong dans l’après-midi.) Dans de nombreux districts, les affrontements autour des postes de police ont duré toute la journée. Cette nuit-là, des gangs progouvernementaux vêtus de chemises bleues ou blanches ont attaqué les manifestant.e.s avec des poteaux de fer et des couteaux.

Graffiti sur lequel on peut lire «Grève générale du 5 août». Parmi un ensemble de photos de kjbb, ttbb, hybb de tclc.

Mi-août: Œil pour œil

En réponse à l’arrestation par un policier d’un jeune homme pour possession de 10 pointeurs laser, les qualifiant d ‘«armes dangereuses», des personnes ont créé leur propre spectacle de lumière avec des pointeurs laser devant le port, devant le musée de l’espace de Hong Kong, le 7 août. Le même jour, la première conférence de presse au nom de la lutte a été organisée par un groupe de manifestant.e.s pour contrer les conférences de presse quotidiennes de la police.

Des blocages flash-mobs sont apparus dans plusieurs districts le week-end du 10 août. Le 11 août, des manifestant.e.s de Sham Shui Po se sont rendus à Tsim Sha Tsui, où la police a crevé l’œil droit d’une secouriste en utilisant des cartouches en caoutchouc . «œil pour œil» est devenu un méme viral et la «Campagne œil pour Hong Kong» lancée par Kim Ui-Seong, un acteur sud-coréen bien connu, s’est répandue dans le monde entier plus tard en août.

Un meme sur la femme qui a perdu son oeil dans les manifestations. Les hashtags disent ceci : «Un œil de fille éclaté», «Le réveil de Hong Kong», «Ce n’est qu’une balle de caoutchouc» et «Etre une bonne personne apporte la paix au monde». Le premier se réfère à la HKPF l’aveuglant; le second est un slogan général du mouvement; la troisième est une citation du chef de la conférence de presse de la HKPF sur l’incident; et la quatrième est une citation de la directrice générale, Carrie Lam, au début du mouvement, qui tente de justifier le projet de loi: «Si vous êtes une bonne personne, vous n’avez rien à craindre.»

Le même jour, la police a tiré des gaz lacrymogènes à l’intérieur d’un espace clos de la station de Kwai Fong et a tiré sur les manifestant.e.s à bout portant, les poussant vers le bas d’un escalator déjà encombré à la station de Tai Koo. Des policier.e.s en civil déguisés en manifestant.e.s ont procédé à des arrestations sans sommation. Cela a semé la méfiance parmi les manifestant.e.s..

Le lendemain, le 12 août, des milliers de personnes se sont rassemblées à l’aéroport pour condamner les brutalités policières, entraînant l’annulation de centaines de vols. Des rumeurs selon lesquelles des escouades anti-émeute étaient sur le point d’arriver se sont propagées tout l’après-midi; beaucoup sont partis tôt, avant 18 heures. Après, se sentant déçus, des manifestant.e.s en colère sont rentrés à l’aéroport le 13 août et ont activement empêché les passager.e.s d’embarquer à bord. L’atmosphère s’est tendue plus tard dans la soirée lorsque les manifestant.e.s ont identifié deux hommes déguisés en manifestants: l’un était un agent de sécurité du continent, l’autre un journaliste du Global Times qui entretenait des liens étroits avec le département de la sécurité du continent. Les deux ont été ligotés et battus par les manifestant.e.s. L’incident a été largement rapporté sur le continent, suscitant une vive opposition au mouvement. Des désaccords ont ensuite éclatées entre les manifestant.e.s sur la façon de traiter les infiltré.e.s, ce qui a conduit à une démonstration publique de repentance le 14 août. Malgré les désaccords, un sentiment d’unité persistait, une unité jurée par les manifestant.e.s survivrait à une explosion nucléaire (都唔 割).

Distributeurs de billets MTR taggués. Parmi un ensemble de photos de kjbb, ttbb, hybb de tclc.

Fin août

Des millions de manifestant.e.s pacifiques ont assisté à une marche le 18 août, malgré les fortes pluies. Le 23 août, l’action «Hong Kong Way» s’est déroulée dans toute la ville. Le personnel de l’aviation et les dirigeant.e.s syndicaux de Cathay Pacific qui avaient participé aux blocages de l’aéroport ou manifesté de la sympathie pour le mouvement sur les réseaux sociaux ont été licenciés sous la pression de Beijing. Plusieurs rapports ont circulé sur des détenu.e.s battu.e.s et agressé.e.s sexuellement, et même violé.e.s. Un rassemblement #ProtestToo contre la violence sexuelle a eu lieu le 28 août.

Le 24 août, le MTR a fermé plusieurs gares et mis fin au service de train dans les districts concernés juste avant une manifestation à Kwun Tong. À partir de ce jour, les manifestant.e.s ont commencé à appeler le MTR le «train du parti» (); et c’est devenu une cible de vandalisme. Lors de la manifestation à Kwun Tong, les manifestant.e.s ont présenté ce que l’on appelle désormais «les cinq revendications»: retrait total du projet de loi, révocation des charges «d’émeute», libération inconditionnelle de tou.te.s les prisonnier.e.s, établissement d’une enquête indépendante sur les crimes de la police, et le suffrage universel. Certain.e.s ont également mit hors services des «lampadaires intelligents» installés dans le quartier, des lampadaires équipés d’une technologie RFID qui sont destinés à être équipés avec une technologie de reconnaissance faciale. Iels ont scié les poteaux, démonté les circuits et identifié l’endroit où sont fabriqués les composants.

Le 31 août, malgré les arrestations d’activistes et de dirigeant.e.s politique connu.e.s, des milliers de personnes ont continuées à descendre dans la rue. Des canons à eau avaient été testés pour la première fois le 25 août; à présent, ils étaient utilisés à leur puissance maximum pour asperger la foule d’un liquide bleu au poivre. Les manifestant.e.s ont incendié des barrages routiers autour du siège de la police; iels ont également identifié et encerclé un policier infiltré.

Plus tard, dans la gare de Prince Edward, la police a frappé et gazé indistinctement des manifestant.e.s et des navetteur.euse.s dans une rame de train. Sept personnes ont été grièvement blessées. Au moins trois personnes sont toujours portées disparues au moment de la rédaction du présent document; beaucoup croient que la police les a assassinés. Il n’y a eu aucune réponse de la part du MTR à la demande populaire de diffuser les images de vidéosurveillance. Après cela, la haine contre la police et le MTR a atteint de nouveaux sommets et les gens ont fait circuler diverses méthodes pour éviter de payer les billets de train.

La police utilise des canons à eau pour arroser les manifestant.e.s avec du liquide bleu au poivre.

Début septembre

Le 1 er septembre, des milliers de personnes se sont rassemblées à la gare routière et sur la route principale menant à l’aéroport, le bâtiment de l’aéroport étant lui-même interdit d’accès depuis que la Haute Cour avait rendu une ordonnance restrictive à l’encontre des manifestant.e.s à la suite des blocages de l’aéroport. Cette action a effectivement paralysé le trafic en direction de l’aéroport tout au long de l’après-midi. Les étudiant.e.s universitaire et du secondaire ont entamé une grève le 2 septembre. Nombre d’entre elleux ont été agressé.e.s par la police et par des partisan.e.s du gouvernement devant leurs écoles. Tout au long de la semaine, des élèves et des ancien.ne.s élèves ont formé des chaînes humaines inter-écoles dans divers districts.

Enfin, le 4 septembre, le directeur général a annoncé le processus de retrait du projet de loi sur l’extradition, processus qui débutera après la fin des vacances parlementaires en octobre. Pourtant, le mouvement continue d’insister pour que le gouvernement réponde aux cinq revendications. Au moment d’écrire ces lignes, le vandalisme dans les stations MTR se poursuit, de même que les interrogations sur le sort des « disparus » ainsi que les demandes de diffusion des images de vidéosurveillance du 31 août.

Graffiti au pochoir sur un mur de l’île de Hong Kong: «Quatre revendications sans réponse» Parmi un ensemble de photos de kjbb, ttbb, hybb de tclc.

Interview

Nous avons mené cette interview avec un collectif anarchiste qui a été actif dans la lutte au cours des quinze dernières semaines. Entre deux ingestion de grandes quantités de gaz lacrymogènes, iels se sont rencontré.e.s pour réfléchir à ces questions. Les réponses résultent de nombreuses nuits blanches passées dans l’introspection et le souvenir, chaque membre du collectif aidant les autres à combler les lacunes dans leurs souvenirs surmenés.

A quels moments le mouvement a-t-il atteint son sommet? Qu’est-ce qui l’a fait monter en puissance, se propager, survivre?

Le «sommet» a probablement été atteint le 5 août, le jour où avait été annoncé la première «grève générale». Bien qu’il ne s’agisse pas d’une grève générale au sens technique du terme, elle a effectivement bloqué une grande partie de la ville pendant une journée entière. À bien des égards, il s’agissait d’un événement capital, tant par son ampleur que par le fait que c’était la première fois qu’une grève était déclenchée pour des raisons politiques (plutôt que simplement économiques) par des travailleur.euse.s agissant en dehors d’un syndicat.

En même temps, malgré le fait que les postes de police étaient encerclés – et, dans certains cas, soumis à des attaques répétées, incendiés ou même détruits -, les événements de cette journée ne produisirent guère de résultats tangibles, l’État demeurant silencieux. . Personne n’aurait pu prévoir que la journée aurait été aussi glorieuse qu’elle l’a été, car la vengeance populaire sur la police a pris les formes les plus inoubliables à travers la ville, mais c’est à partir de ce moment qu’on a eu le sentiment que tout avait été fait pour que le gouvernement réagisse et l’euphorie qui se dégageait ce soir là s’est transformée en un véritable désenchantement

La rage contre la police a été l’un des principaux facteurs qui ont impulsé le mouvement depuis ce moment.

Bon nombre d’entre vous doivent être conscient.e.s de la brutalité sans entrave de la police de Hong Kong, une brutalité à laquelle iels sont de plus en plus autorisés à se livrer jour après jours. C’est la même force de police qui a déployé des efforts considérables pour revendiquer le titre de «meilleur de l’Asie» après les émeutes de la fin des années 1960 et des décennies de corruption. Certes, il a été traumatisant pour beaucoup de perdre l’illusion que Hong Kong était une métropole libérale dans laquelle les producteur.trice.s et les consommateur.trice.s peuvent mener leur vie sans encombre, profitant de la circulation sans entraves des opinions et des marchandises. Mais les jeunes diplômés de l’académie de police doivent également faire face à leur propre traumatisme, ayant perdu tout espoir d’obtenir une carrière tempérée et sans histoire avec des promotions et des primes régulières, sans aucun des risques de précarité qui caractérisent les autres professions disponibles pour celleux qui ont un faible niveau de formation.

Nous n’avons aucune pitié pour la police, mais il est clair qu’elle est motivée par une colère aveugle et sans retenue. Cette colère est ce qu’ils ont en commun avec celleux qu’iels brutalisent. La différence, bien sûr, est qu’iels sont légalement autorisés et encouragés à l’utiliser. On frémit à l’idée de penser à quels sorte d’encouragements pervers du style Full Metal Jacket iels reçoivent de leurs supérieurs avant d’être déployés dans les manifestations, des discussions dégoûtantes qu’iels ont dans leurs groupes de cadets Whatsapp, des autres moyens qu’iels utilisent pour s’enrager, échappant à tout contrôle pour ouvrir le crâne d’un.e manifestant.e. Bien que personne dans notre collectif ne sache avec certitude ce qui se passe réellement dans les postes de police lorsque vous êtes arrêté.e.s actuellement , il y a de nombreux témoignage de cas de torture, de sévices sexuels et même de viols collectifs de manifestantes.

De l’autre côté des lignes, on a le sentiment que toute tactique d’escalade depuis le 5 août a été une réaction à la recrudescence de la violence policière ou à la manière dont des entreprises privées facilitent cette violence, comme celle qui gère le MTR, qui a fait une fortune énorme en construisant des centres commerciaux privés et des appartements adjacents à leurs stations de métro, ou le New Town Mall, le centre commercial qui autorisait inexplicablement les escouades de policier.e.s anti-émeute à prendre d’assaut et à ensanglanter le sol de l’une des plus vieilles citadelles de la consommation de la ville . La lutte ressemble souvent à une guerre sanguinaire entre les manifestant.e.s et la police.

L’ attaque de la police à la station de métro Prince Edward.

La semaine dernière, la police a assiéger la station MTR de Prince Edward. Iels se sont précipités dans un wagon de métro, ont commencé à frapper sans distinction toutes les personnes qui ressemblaient à un.e manifestant.e et ont laissé les victimes dans un amas de sang au rez-de-chaussée, les empêchant de recevoir des soins médicaux. Iels ont transformé la station en camp d’enfermement scellé pendant des heures, faisant disparaître trois personnes qui auraient été battues à mort. Alors que l’enjeu du conflit continue d’augmenter, cette spirale de représaille va probablement se poursuivre. Avec tant de gens fixé.e.s sur les flux en temps réel, consterné.e.s par ce qui se passe sous leurs yeux tous les jours (des journalistes perdent la vue, des passant.e.s sont appréhendés pour avoir remis en question l’autorités de police) cette fixation sur la police est difficile à briser, bien que certains sujets sur le LIHKG aient commencé à plaider avec celleux qui luttent pour avoir une vue plus global plutôt que de concentrer tous leurs efforts sur des actes de vengeance populaire contre la police. De tels actes sont clairement encouragés par la police elle-même, qui a besoin d’un alibi rétroactif sensationnel pour son activité, à tel point qu’elle a été surprise déguiser en première ligne à lancer des cocktails Molotov.

Nous détestons l’admettre, mais cette lutte se nourrit de la violence policière. Nous devrions aborder et réfléchir à ce sujet.

Par exemple, le 11 août, un.e medic sur le front a perdu un œil après avoir été touchée par une balle en caoutchouc. Ce ne sont pas des «dommages collatéraux» accidentels – la police vise depuis longtemps la tête des gens. Le lendemain, une énorme mobilisation a eu lieu à l’aéroport, avec un meme devenu viral, exigeant que la police rende son œil, fournissant une puissant stimulation émotionnelle aux événements de l’après-midi. Ce soir-là, les manifestants ont fait une arrestation citoyenne, appréhendant deux personnes soupçonnées d’être des agent.e.s du parti communiste chinois. Et il y a eu des combats avec des escadrons d’élite de la police de l’aéroport.

Tant que la lutte continuera de se nourrir de l’indignation populaire suscitée par les fautes de la police, plaidant pour un plus haut tribunal pour traduire la police en justice, que ce soit aux États-Unis, dans le monde occidental ou aux Nations Unies, son élan dépendra des provocatop, policière et elle restera bloquée au stade précis que les luttes sociales à Hong Kong n’ont pas encore surmonté : la juste indignation citoyenne.

Que se passera-t-il lorsque le réservoir de l’indignation civique à propos de telle ou telle injustice sera épuisé? Est-il nécessaire pour celleux qui luttent de toujours se situer sur le terrain de la morale supérieure, légitimant ainsi leur activité illégale comme une réaction aux excès de l’État? Comment peuvent-iels prendre l’initiative, passer à l’offensive? Cela ne signifie pas nécessairement de donner le premier coup physiquement, mais de «devenir acti.f.ve» dans le sens que Nietzsche évoquait, supprimant ainsi la «moralité esclave» de la dépendance -et de la fascination- de l’ennemi.

Le scandale de la violence policière a polarisé la ville à un point tel que des quartiers entiers sont sortis dans les rue pour soutenir les manifestant.e.s vêtus de noir et équipé.e.s de masque à gaz, rassemblés devant des commissariats de police dans divers districts. Le plus célèbre de ces événements a eu lieu à Wong Tai Sin et à Kwai Chung, où des centaines de personnes sont descendues en short et en tongs pour haranguer la police, ce qui a tellement énervé un agent qu’il pointé un fusil chargé sur des habitant.e.s non armé.e.s. La violence policière a également servi de point de départ à l’organisation de diverses activités de quartier. Par exemple, dans le but de lutter contre la désinformation des médias mainstream, des gens ont organisé des projections sur des places publiques afin de permettre aux gens de voir ce qui s’est réellement passé; de même, l’espace adjacent au comptoir d’information du centre commercial New Town Mall à Sha Tin a été transformé en un bureau de contre-information, composé de manifestant.e.s toujours disponibles pour discuter avec les passant.e.s curieu.ses.x. Entre-temps, les «murs de Lennon» qui ont émergé dans chaque district, généralement autour de complexes de logements sociaux, sont devenus aussi bien des sites conviviaux que des lieux de confrontation mortelle et de rage meurtrière; aussi banal que soit souvent leur contenu, il a fallu défendre les murs de post-it contre les incendiaires et les bandits armés de couteaux. Ces initiatives de quartier sont capitales et importantes. Elles peuvent montrer le chemin pour sortir des impasses du présent, et s’étendre éventuellement vers un avenir nébuleux commun.

Ceci nous amène à notre dernier point concernant la question de savoir ce qui a fait survivre le mouvement. Une chose qui surprend les ami.e.s d’ailleurs qui viennent visiter Hong Kong est l’unité et l’unanimité du mouvement, qui a vu des insurgé.e.s ayant toutes sortes de convictions idéologiques et d’origines diverses travailler ensemble à des actions concrètes plutôt que de se chamailler pour des subtilités idéologiques. L’adhésion à cette unanimité a été presque religieuse, un mantra qui a été répété ad nauseam sur les forum chaque fois qu’il ait survenu une dispute qui aurait pu la compromettre. La signification de cette solidarité aux yeux de tou.te.s, ce consensus qui maintient la masse unie contre les efforts constants de l’État pour exploiter les désaccords tactiques au sein de la lutte, est résumée dans une déclaration hilarante exagérée: «Je n’excommunierai personne. de la lutte même s’iels décident de faire exploser une bombe nucléaire.  » Le fossé entre les insurgé.e.s pacifistes et les insurgé.e.s qui lancent Molotov est toujours profond, mais ce ne sont pas des rôles gravés dans la roche. Alors que les rangs des personnes au front continuent d’être décimés par des arrestations massives, certain.e.s qui étaient spectateur.trice.s il y a quelques semaines, tentent de combler ces trous. Les forums et les canaux Telegram offrent aux deux côtés des moyens de communication leur permettant d’échanger des réflexions et des réactions après chaque épisode de lutte. C’est merveilleux à bien des égards. c’est sans aucun doute un exploit formidable qui dure depuis si longtemps et qui, vraisemblablement, persistera encore longtemps.

Parallèlement, l’application de cette unanimité occulte les problèmes systémiques du mouvement et interdit aux personnes de les évaluer, ce que nous approfondirons plus loin dans cette interview. Il va sans dire qu’il est nécessaire de maintenir le moral de la population dans un mouvement de masse, de veiller constamment au climat affectif de la lutte, de s’encourager mutuellement en période de tumulte et de désespoir. Mais lorsque cette atmosphère positive masque une aversion pour la différence, la divergence et la discussion, de peur d’aliéner les gens et de diminuer le nombre de participant.e.s aux manifestations, la positivité commence à ne plus être distinguable de la paranoïa – et la singularité de chaque personne présente est efficacement neutralisé, chacun.e étant réduit à un corps debout à côté d’autres corps en masse.

Graffitis «Vous nous avez forcés à nous révolter, œil pour œil, nous ne serons jamais divisés, embrassons votre scrotum», faisant référence à un meme inoubliable qui a circulé au cours du dernier mois et demi, tiré d’un message affiché sur un forum où un utilisateur avait mal écrit le caractère signifiant «donner un coup de pied» en voulant suggérer que nous donnions un coup de pied aux officiers dans les couilles, et qui avait écrit «embrasser» à la place. Les mots «donner un coup de pied» et « embrasser» sont presque identiques, seuls les traits situés à gauche du caractère sont différents. Parmi un ensemble de photos de kjbb, ttbb, hybb de tclc.

Cette atmosphère rend très difficile la critique, en particulier de phénomènes très discutables, tels que l’agitation de drapeaux américains ou coloniaux. Tout au long de la lutte, le principe de la tolérance libérale a été instrumentalisé d’une manière sans précédent : frères et sœurs, vous avez vos opinions et les miennes, nous respectons le droit de chacun.e d’avoir des opinions contradictoire, à condition de ne pas risquer de créer un antagonisme parmi nous. Le fait que cela ait fonctionné jusqu’à maintenant ne prouve en rien que cela est sain pour l’avenir de la lutte sociale à Hong Kong. Ce type de culture prétend ne marginaliser personne tout en marginalisant efficacement tout le monde, empêchant ainsi tout le monde de poser des questions qui pourraient être douloureuses, inquiétantes ou dérangeantes, qui nous obligent à sonder les profondeurs et à confronter les situations qui nous interpellent en tant que sujets. Pour ce faire, il nous faudrait dépasser le traumatisme des événements immédiats et affronter un traumatisme d’une portée beaucoup plus vaste, à savoir «l’ordre» que nous participons à reproduire de manière continue.

Après tout, c’est cet «ordre» qui rend certaines personnes invisibles. Par exemple, peu de gens se sont arrêtés pour examiner le sort des travailleur.euse.s domestiques étranger.e.s au cours des derniers mois. D’habitude, tous les dimanches, ces femmes se rassemblent en masse sur les places publiques des principaux districts, notamment Central, Causeway Bay, Mong Kok et Yuen Long, qui ont tous été frappés par les affrontements lors des récents conflits. N’ayant pas accès aux cartes en temps réel créées pour les partisan.e.s, elles ne sont souvent pas prévenues lorsque ces zones sont gazées. Par conséquent, elles sont obligés d’aller ailleurs lors de leur seul jour de congé. 3 Ce serait une conséquence regrettable , mais acceptable de la lutte, si seulement les manifestant.e.s avait fait quelques efforts pour mentionner et communiquer leurs sympathies pour elles.

D’ordinaire, la situation des travailleur.euse.s domestiques ne fait l’objet d’aucune attention, bien que de nombreuses familles dans la ville les emploient;presque personne ne soutient les protestations courageuses et constantes qu’iels organisent par l’intermédiaire de leurs syndicats indépendants contre les arrangements entre leurs propres gouvernements, les agences pour l’emploi et le ministère du travail de cette ville.. Leur soutien actif et leur compréhension perspicace des luttes sociales locales ne sont pas remarqués. En même temps, les participant.e.s au mouvement contre la loi d’extradition font tout leur possible pour solliciter la sympathie des honnêtes citoyen.ne.s du « monde libre », en prenant le temps d’expliquer la situation dramatique de Hong Kong aux touristes arrivant à l’aéroport.

C’est actuellement un important angle mort dans la lutte. N’ayant pas fait l’objet d’un examen approfondi, il a récemment abouti à une campagne grotesque et inexcusable contre les travailleur.euse.s migrant.e.s domestiques qui traînaient dans les lieux publics où des affrontements ont eu lieu. Pendant plusieurs semaines, des fils de LIHKG sont apparus pour demander pourquoi les travailleur.euse.s migrant.e.s étaient autorisés à se rassembler et à pique-niquer dans la rue, tandis que les manifestant.e.s étaient arrêtés et torturés pour avoir participé à des «rassemblements illégaux». Leur ton ironique ne dissimulait pas les implications répugnantes de leur contenu. Pourquoi cette politique de deux poids, deux mesures, lisait on sur ces affiches – ne devrions-nous pas faire en sorte que ces filles nonchalantes, qui chantent au karaoké et s’amusent pendant que les manifestant.e.s craignent pour leur peau, comprennent dans quelle ville elles vivent ? Pourquoi nous a-t-on refusé l’autorisation de manifester alors qu’elles pouvaient faire la fête dans la rue sans jamais avoir à soumettre de demande à un bureau du gouvernement?

Toutes ces absurdités ont atteint leur paroxysme il y a quelques jours, lorsque des idiot.e.s ont commencé à coller des autocollants sur les voies publiques et les ponts indiquant que tou.te.s les travailleur.euse.s domestiques étrangers n’étaient pas les bienvenu.e.s dans les lieux publics sans autorisation. Ces autocollants dégoûtants témoignent du retard tragique avec lequel les manifestant.e.s ont entrepris de communiquer avec l’importante population de travailleur.euse.s migrant.e.s dont personne n’a pris le temps de se préoccuper – avant, pendant et probablement après cette lutte – Certes, celleux qui ont conçu et affiché les autocollants ne devraient pas être considérés comme des représentant.e.s du mouvement, mais iels n’ont pas non plus été dénoncés ouvertement en public.

L' »ordre » qui caractérise la vie quotidienne dans cette société reproduit aussi la culture sexiste nuisible qui n’a cessé de se manifester dans le mouvement. Des manifestants ont déterré les profils Instagram des policières et les ont qualifiées de putes qu’ils voudraient violer; des manifestants se moquent des policiers en suggérant que leurs femmes frappent d’autres hommes pendant qu’ils gazent les gens tard dans la nuit; Des manifestants mâles virilistes au sang chaud empêchent les femmes de se tenir en première ligne ou s’engagent sur les forums à « défendre leurs femmes » contre la capture et le viol par les forces policières. Lorsque les nouvelles concernant des abus sexuels et des viols dans les postes de police se sont propager pour la première fois et que des femmes de LIHKG ont avancées l’idée d’organiser des marches de femmes, des hommes ont commencé à paniquer, craignant que les femmes aient peut-être à l’esprit de marcher sans leur protection. Cela a conduit au spectacle ridicule d’hommes jurant que même s’ils n’étaient pas autorisés à marcher aux côtés de leurs sœurs, ils se tiendraient derrière la marche en étant prêts à les défendre jusqu’au bout. C’était leur idée du militantisme.

Nous ne mentionnons pas tout cela pour favoriser la prolifération de la « culture du renoncement », qui se traduit trop souvent par un désengagement moralisateur, un désengagement moral et la perpétuation de la stratification sociale, qui ne font rien pour modifier les relations sociales dans lesquelles nous sommes tou.te.s empêtré.e.s. Nous voulons plutôt reconnaître le désordre dans lequel nous nous trouvons et le fait que ce désordre est bien plus compliqué que le récit simpliste d’un peuple opprimé et victimisé poussé au mur par une machine à tuer impitoyable «communiste».

Tant que l’examen de ces problèmes sera considéré comme marginal ou démoralisant au motif que l’exigence la plus pressante est de vaincre la Grande Bête Chinoise, nous verrons peu de progrès dans la réalisation du but visé par cette lutte, «libérer Hong Kong».

Des graffitis tagués devant une grande toilette publique du centre de Hong Kong: «Le capitalisme, c’est de la merde! Le Parti communiste chinois est capitaliste », avec un symbole anarchiste. Parmi un ensemble de photos de kjbb, ttbb, hybb de tclc.

Lorsque nous avions communiqué en juin, vous aviez décrit une nouvelle dynamique sociale mal-définie, une sorte de populisme nationaliste décapité issu des échecs des mouvements pacifistes, démocratiques et parlementaires du passé. De nouv.elle.aux dirigeants, de nouveaux récits, de nouvelles structures de contrôle internes ont-elles encore émergé? De nouveaux cadres ou horizons se sont-ils ouverts pour ce que les gens pourraient défendre ou imaginer au-delà de la souveraineté nationale?

Non, les choses n’ont pas changé de façon spectaculaire depuis notre dernière conversation . L’opinion générale est que celleux qui participent au mouvement doivent parler d’une voix unanime, collective et consensuelle, par opposition à une multiplicité d’actes différents, éventuellement dissidents.

Dans les groupes Telegram et les forums, on rencontre parfois des opinions appelant à l’indépendance de Hong Kong; si l’on ne peut échapper au constat que ce désir est tacitement partagé par bon nombre d’ac.teur.trice.s de la lutte, il est souvent mis en sourdine, de peur que le mouvement ne perde de vue son agenda immédiat (les cinq revendications) et par méfiance générale quant aux dangers liés au fait de formuler ce désir, les responsables politiques ayant souvent affirmé que cette lutte ne concernait pas vraiment ces cinq revendications mais serait une « révolution colorée » organisée par les puissances étrangeres et les séparatistes, la presse chinoise ayant énormément rabaché ce discours. En plus, il faut prendre en compte le fait que l’indépendance de Hong Kong ne serait pas une évolution positive pour nombre de personnes qui continuent de traverser la frontière pour des raisons professionnelles ou autres. Beaucoup de gens veulent simplement que la disposition «un pays, deux systèmes» qui était énoncée dans la Loi fondamentale soit respectée et appliquée.

Pour le plus grand bien de nos ami.e.s étranger.e.s qui ne connaissent pas bien le climat politique et culturel, nous devons souligner que, du moins selon nos estimations, les rumeurs sur la disparition imminente du libéralisme comme culture politique sont sans fondement, du moins en ce qui concerne Hong Kong. Nous irions jusqu’à suggérer que la logique du libéralisme, comprise comme une forme de «bon sens» intuitif, est peut-être plus forte ici que partout ailleurs dans le monde. Cela tient en grande partie au contexte que nous avions détaillé dans notre entretien précédent, au fait que cette ville a été construite par des réfugié.e.s de la Chine communiste. L’anecdote suivante met en lumière la manière dont cette construction n’est pas simplement endémique à Hong Kong, mais est également partagée avec des proches sur le continent.

Lors d’un débat sur le thème de l’art et de la politique qui s’est tenu il y a quelques années, l’un.e d’entre nous a participé à une discussion avec un.e ami.e d’une certaine capitale du punk rock en Chine, où se déroule des luttes contre la gentrification et la construction de «parcs thématiques écologiques» . Lors de nos bavardages tard dans la nuit, autour d’un verre, cet ami.e commença à expliquer les difficultés de parler de l’anarchie en Chine. Comme Mao l’a si bien expliqué dans ses cahiers et essais rouges, le Parti communiste est la force anarchique, le «pouvoir constituant» qui transcende et applique l’ arche à sa guise, instaurant un état d’urgence permanent pour le compte de la révolution. par conséquent, la vie quotidienne en Chine est «anarchique» sur un plan prosaïque. C’est-à-dire que, quand les camarades occidentaux parlent d' »usage » (dans le sens où Agamben emploie le terme dans The Use Of Bodies) en référence à l’occupation de places, à l’organisation de fêtes dans les rues, etc., ce terme perd son sens en Chine quand un tel « usage » des routes et voies publiques dans différentes parties du pays est courant, sans protocole établi qui distingue le bon usage de « l’espace public » d’un usage exceptionnel.

La police chinoise a le droit d’agir en dehors de ses mandats professionnels, et de se comporter d’une manière qui serait inimaginable partout ailleurs. Par exemple, jusqu’à récemment, nos ami.e.s du district susmentionné de Chine organisaient un espace commun dans lequel étaient organisées des événements culturels ouverts aux villageois.es vivant dans les environs. Cet espace était ouvert à tou.te.s, ses portes restant toujours ouvertes. les nomades et les vagabond.e.s y entraient par hasard et y restaient souvent pendant des jours voir des semaines. Cela signifiait également que des policier.e.s en civil allaient dans l’espace quand iels étaient «en repos», offrant des cadeaux comme des cigarettes américaines, de l’alcool et des promenades en voiture en ville, s’associant aux habitant.e.s de l’espace tout en indiquant clairement que la police était tout à fait consciente du fait que les participant.e.s s’opposaient à l’embourgeoisement de la zone. « On est amis, tu ne voudrais pas gâcher notre amitié, n’est-ce pas ? » Les mêmes policier.e.s agissaient de la sorte avec les villageois.es de la région, s’invitant elleux-mêmes pour prendre un thé chez elleux et leur distribuant des cadeaux tout en leur rappelant gentiment que la fréquention de l’espace en haut de la colline était vivement déconseillé, qu’iels pourraient devenir persona non grata s’iels se mêlaient aux gens qui y vivent. Une situation, sans aucun doute, terrifiante. Dans de telles conditions, dans lesquelles tout le monde est obligé de vivre dans un état d’exception permanent, empêtrés dans des réseaux élaborés de surveillance formelle et informelle, notre ami nous a dit que pour de nombreuses personnes, le libéralisme – la primauté du droit, une règle qui renforcerait la propriété privée, des frontières adéquates qui, selon elleux, protégeraient l’individu des pouvoirs de l’État, semblaient être la chose la plus radicale qui existe.

Lorsque des ami.e.s nous demandent pourquoi le discours et la rhétorique «anticapitalistes» semblent si farfelues aux yeux des Hongkongais.es, nous devons répondre que cela dépend beaucoup du contexte et des circonstances. Pour les Hongkongais.es, le capitalisme est synonyme d’entreprise, d’initiative et d’autosuffisance, qu’iels juxtaposent au népotisme corrompu du parti et aux grands magnats et politiciens de Hong Kong qui se complaisent dans la société de ce cartel. Au-delà du « capitalisme », nous rencontrons cependant le caractère sacré de la loi, qui reste l’horizon transcendant au-delà duquel la lutte sociale doit encore dépasser. Oui, chacun.e dans le monde entier continue de témoigner des exploits héroïques auxquels les T-shirts noirs participent chaque jour – réduisant les façades et les machines des stations de métro en ruines, dévastant les postes de police et autres – mais il existe toujours une croyance latente. que tout cela est fait au nom du respect de la loi et des institutions que certain.e.s employé.e.s spécifique auraient trahis

Vu sous cet angle, tous ces actes illégaux peuvent être compris comme un moyen de rappeler aux autorités que le «mandat du ciel» leur a été retiré. Bien qu’il puisse sembler «mythologique» d’utiliser une prétention archaïque pour décrire l’actualité, comme si nous parlions d’un «inconscient collectif chinois millénaire» persistant depuis les anciennes dynasties jusqu’à nos jours, cela reste pertinent, car tout nous porte à croire que nous continuons à vivre à une époque mythique. Comment pourrions nous expliquer autrement les appels incessant aux valets de la «communauté internationale», en utilisant les médias de masse internationaux comme un tribunal par lequel nous espérons gagner une audience avec l’empereur, c’est-à-dire les États-Unis? Il reste la foi qu’une cour d’appel supérieur pourrait traduire en justice et punir la criminalité des États voyous qui nous gouvernent, au nom des droits élémentaires et naturels qui ont été violés à la vu et au su de tou.te.s. Quelque part, nous croyons, que même si ce n’est que dans le cœur des gens honnêtes et bien pensant.e.s, il existe un sens de solidarité avec cette loi primordiale et transcendante, et que la justice sera faite, la justice viendra du ciel.

Tout est déprimant, kantien en fait. Les manquements de la police locale ne discréditent en rien l’idée de la bonne police, qui arriverait en des jours messianiques.

La question que le mouvement s’est posée semble donc être la suivante : que faudrait-il pour que nous puissions monter un dossier qui obligerait la police à agir ? Comment convaincre les magistrat.e.s que cette crise doit être en tête de leur liste de priorités? Nous rassemblons et archivons des preuves y compris avec nos corps, amassant des récriminations et des griefs de toutes parts dans notre enquête sur un État en déroute, sollicitant des personnes influentes partout dans le monde à parler en notre nom, dans l’espoir que tout ce sang sera racheté par des poursuites et des représailles légitimes. Lorsque la désobéissance civile dégénère en dommages matériels, en combats de rue, en occupations d’aéroports et en grèves générales uniquement pour faire face à l’indifférence des États, l’imagination populaire commence à concevoir des moyens de précipiter la catastrophe ultime, à savoir l’arrivée de l’Armée de libération du peuple à Hong Kong, un événement que beaucoup anticipent comme pouvant être le catalyseur d’une intervention internationale. La police ne nous ignorerait sûrement pas?

C’est la théorie du désastre apocalyptique qui commence à circuler sur LIHKG et ailleurs, l’embrassement de «l’effondrement commun», un fantasme du «allons tout brûler ensemble» dans lequel les manifestant.e.s imaginent la ville engloutie dans un gouffre, en attente de sanctions internationales contre un Parti communiste devenu fou Dans ce scénario hypothétique, à la suite de la propagation de l’agitation de Hong Kong sur le continent, comme une sorte de déclinaison du modèle du printemps arabe, la Chine – sous la pression du durcissement des embargos commerciaux internationaux – se diviserait et se fracturerait en de multiples territoires, chacun juridiquement indépendant (Fujian, Wuhan, Xinjiang) aux côté d’un Hong Kong démocratique qui pourrait constituer un Etat avec le Guangzhou.

Graffiti à l’arrière de l’entrée d’une station de métro: «chemin de fer en fête». Le mot «fête» (NdT: Party en Anglais), comme dans Parti communiste, rime avec «Hong Kong» en cantonais, et le MTR est communément appelé le «chemin de fer de Hong Kong». On voit également un graffiti qui dit: «J’aime la stratégie de brûler des trucs en groupe». Ce qui rend ce dernier hilarante, c’est le fait que l’auteur.e original.e avait mal écrit le caractère pour «brûler». Son tag a ensuite été corrigée par quelqu’un.e d’autre et l’auteur.e original a ajouté des excuses au bas du caractère corrigé. Parmi un ensemble de photos de kjbb, ttbb, hybb de tclc.

Bien que les conséquences d’un tel développement restent inexplorées – par exemple, le fait que ces territoires «autonomes» seraient dominés par des apparatchiks du parti -, cette perspective hypothétique est bienvenue à un certains égards.. A défaut d’autres choses, c’est un effort pour faire face à un avenir qui pourrait être complètement différent de celui auquel nous avons été habitués.e.s en cette période d’abondance – un avenir dans lequel notre Internet pourrait être fermé, dans lequel nous pourrions devoir travailler collectivement à la recherche de nourriture, d’eau et d’électricité, ces questions étant cruciales alors que le monde continue de s’effondrer et que le désastre écologique se profile à l’horizon..

Pour d’autres, la catastrophe imaginée est considérée comme un moyen de rétablir la place qui revient à Hong Kong parmi les plus grandes villes du monde, comme l’indique le slogan le plus populaire de la lutte: »Restaurer la splendeur de Hong Kong, la révolution de notre époque. » La «splendeur» mentionnée dans le slogan est un fantasme de pureté prélapsaire: Hong Kong de travail acharné, l’initiative individuelle de l’humain.e ordinaire, entrepreneur.euse et honnête, dont la vie n’est pas ternie par les machinations de la grande politique.

S’il n’y a rien de mal à émettre des hypothèses sur une situation de désastre commun, pourquoi ne pouvons-nous pas aussi réfléchir à la manière de créer la base matérielle pour que tou.te.s puissent prospérer et s’épanouir ensemble ? Et qu’est-ce que cela pourrait signifier « ensemble », qui cela engloberait-il, quand toutes celleux nous excluons habituellement du tableau les minorités ethniques et leur progéniture de deuxième génération, les travailleur.euse.s domestiques migrant.e.s, les nouvelles migrant.e.s de Chine et les habitants du continent en attente leur droit de résidence … seront impliqué dans l’avenir de la ville? Pourquoi pensons-nous que ces questions devraient être reportées jusqu’à l’élection d’un gouvernement pour y répondre, alors qu’il y a tellement d’autonomie dans cette lutte qui pourraient servir de prémisses pour développer ces questions maintenant?

Cette pancarte renvoie vraisemblablement à la citation attribuée à Paul Revere: «Les Britanniques arrivent», lors du début de la révolution américaine. Il est extrêmement ironique que les habitant.e.s de Hong Kong, ancienne colonie britannique, fassent appel à l’aide des successeur.euse.s de l’Empire britannique, fuyant un empire oppressif pour tomber dans les bras d’un autre.

Près de trois mois après le début de l’agitation, quels sont les objectifs et les stratégies – avoués ou implicites – des différents courants au sein du mouvement?

Comme nous l’avions mentionné plus haut, l’intention tacite de la lutte à ce stade est de trouver les moyens d’aggraver la situation jusqu’à ce que la «communauté internationale» soit obligée d’intervenir. Le maintien des mobilisations de masse et la création de manifestations virales qui peuvent être diffusées sur les réseaux internationaux – comme les « chaînes humaines » de manifestants se tenant la main sur les trottoirs et, plus récemment, en sortie des écoles secondaires, au moment où les élèves font la grève -, maintiennent l’attention sur la lutte à l’avant-plan des débats publics. Plus concrètement, l’insubordination continue dans le métro, dans les zones commerciales animées et à des endroits comme l’aéroport – cela comprenant des manifestant.e.s qui trouvent de nouvelles façons d’arrêter le trafic vers l’aéroport sans enfreindre la loi – ont des effets visibles sur l’économie, le trafic touristique, les investissements étrangers, etc. Entre-temps, les mesures de contre-surveillance sont devenues des pratiques courantes, notamment la destruction des «lampadaires intelligents» équipés de la technologie RFID installés dans plusieurs quartiers, ainsi que le tag ou le démontage de caméras de vidéosurveillance avant de grandes manifestations.

Tout cela indique une compréhension intuitive d’une réalité que le blog Dialectical Delinquents a décrit très bien depuis plusieurs années (et nous les remercions de leurs efforts constants pour esquisser les contours de cette réalité): Hong Kong est en première ligne d’une lutte contre la Sinification du monde. En d’autres termes, il nous semble que, le néolibéralisme mourant d’une mort prolongée sous le poids de révoltes de masse qui préconisent toutes la sécession des arrangements internationaux néolibéraux, la variante chinoise de l’État autoritaire de surveillance, avec une panoplie de camps d’enfermements et d’institutions quasi juridiques, est le seul moyen par lequel le monde tel que nous le connaissons peut être maintenu par la force coercitive. Nous ne sommes pas les seuls à le percevoir; Il n’y a pas si longtemps, Dialectical Delinquents présentait une interview d’un dirigeant de Huawei qui brille par sa franchise. 4

Comme nous l’avons décrit dans notre précédent entretien , le Xinjiang est à la racine des préoccupations de chacun.e, et l’horreur du Xinjiang, associée à l’introduction rapide d’appareils de surveillance dans la ville, confère à la lutte un goût apocalyptique prononcé : on le répète maintes fois si nous ne gagnons pas, nous nous retrouverons dans des camps d’internement. Nous sommes généralement d’accord avec cela, mais il est impératif de reconnaître que nous menons le même «combat au corps à corps» [Agamben, qu’est-ce qu’un dispositifl ?] contre ces dispostifs parmis d’innombrables autres insurgé.e.s à travers le monde – que la Chine n’est pas le grand Satan dont «le monde libre» peut nous délivrer, l’Antéchrist que nous devons tuer à tout prix, mais une ombre de l’avenir, une ombre qui se profile sur une planète en décomposition.

Il va sans dire que la Chine constitue également une distraction bienvenue pour le public occidental, offrant aux gouvernements occidentaux l’occasion de décrier les excès chinois afin de manifester leur engagement en faveur des «droits de l’homme» tout en tuant et en emprisonnant leurs propres populations.

Parlons des tensions et des contradictions internes au mouvement. En dehors de Hong Kong, nous avons beaucoup entendu parler de manifestant.e.s arborant le drapeau britannique, chantant la bannière étoilée, partageant les memes de Pepe la grenouille et employant d’autres symboles du nationalisme occidental. À quel point cela a-t-il été visible dans la base du mouvement? Y a-t-il eu un recul ?

Nous sommes sûrs que beaucoup d’entre vous ont déjà vu des images de l’action qui a eu lieu la semaine dernière et qui consistait à rassembler des gens en costume noir devant l’ambassade américaine, agitant des drapeaux américains, chantant l’hymne national américain et exhortant la Maison-Blanche à: adopter une loi sur Hong Kong le plus rapidement possible. Cela nous a amenés à faire l’observation tragicomique selon laquelle Hong Kong pourrait être le seul endroit au monde où le black block porte des drapeaux États-uniens. 5

Idiotie dangereuse.

De nombreu.ses.x «porte-drapeaux» ne tiennent aucun compte des critiques formulées à leur encontre; cela caractérise celleux qui soutiennent les appels incessant à la Maison Blanche en général. Quand un camarade états-unien est venu nous rendre visite récemment, il a approché les porte-drapeaux et n’a pas caché son mépris pour son propre gouvernement. « Fuck the USA! » était sa remarque d’ouverture concise, avant d’expliquer les meurtres perpétrés quotidiennement par la machine étatique américaine. Cet échange a été enregistré par la presse étudiante et diffusé sur Facebook pendant quelques heures, suscitant des discussions et des débats. Beaucoup de commentaires étaient révélateurs: ils ont rejeté notre camarade américain en tant que «variante états-uniènes de la gauche carte de crédit» [un terme insultant pour les gauchistes démodés expliqué dans notre entretien précédent ] et l’ont accusé d’être un ignorant. «Penses-tu vraiment que nous sommes des patriotes états-uniens? Nous avons simplement l’esprit pratique et nous faisons appel à quelqu’un qui peut vraiment nous aider! » Iels ont insisté pour dire que chanter l’hymne, brandir le drapeau des USA, et déclarer publiquement combien ils admiraient le mode de vie états-uniens étaient simplement un appel calculé au puissant sentimentalisme des véritables patriotes états-unien.e.s (Certain.e.s de ces patriotes ont fait le voyage à Hong Kong, comme par exemple l’organisateur fasciste Joey Gibson, qui s’est amusé à prendre des selfies avec des manifestant.e.s ne se doutant de rien, trop heureu.ses.x d’applaudir un États-uniens excité qui semblait sympathique à leur cause.)

Les porte-drapeaux prétendent que celleux qui critiquent l’agitation de drapeau sont naï.f.ves: iels ne savent pas qu’ils envoient un message à double sens. À l’occasion de l’anniversaire du 11 septembre, certain.e.s ont appelé à cesser les activité de protestation à l’échelle de la ville en commémoration de celleux qui ont perdu la vie le 11 septembre – une autre mesure astucieuse visant à gagner la sympathie des états-unien.e.s. Aussi malin.ne.s que pensent être ces comédien.ne.s avec leur habile compréhension de la realpolitik. C’est d’elleux dont on se moque- et,finalement, ce sera de nous si nous ne parvenons pas à briser briser cette fascination en cours pour la lutte entre les « grandes puissances » du monde.

De nombreu.ses.x ami.e.s occident.ales-aux nous ont demandé.e à plusieurs reprises si ce sentiment était partagé par une grande partie des gens dans la lutte ou si cette fixation pour l’Occident était un phénomène marginal. Disons-le ainsi: à l’heure actuelle, tout ce qui a un rapport avec la Chine est propice à la dégradation et à la profanation: l’insigne du gouvernement est détruit, les drapeaux sont déchirés et jetés à l’eau, les locaux des banques et même des compagnies d’assurance qui portent le nom «Chine» sont couvertes de tags, les volets de «China Life Insurance» ayant récemment été tagués avec «Je ne veux pas une vie Chinazi». Si une vitrine portant une iconographie états-uniennes visible était attaquée de la même manière (par exemple, par nous), nous craindrions d’être arrêtés.

Nous devrions également ajouter que dernièrement, ce ne sont plus simplement des drapeaux états-uniens qui sont arborés lors des manifestations, mais également les drapeaux d’autres pays membres «amis» du G20 – Canada, Allemagne, France, Japon, Royaume-Uni, etc. le drapeau de l’Ukraine a également fait une apparition malencontreuse la semaine dernière, probablement parce que des projections de «Winter On Fire» avaient eu lieu sur des places publiques et que le public n’a que peu de connaissances de ce que ce documentaire omet avec opportunisme .

Entre-temps, des campagnes se sont poursuivies pour exhorter le Royaume-Uni à assumer la responsabilité des enfants qu’il a laissés derrière lui en remettant à nouveau des passeports BNO (British National Overseas) aux citoyen.ne.s de Hong Kong. Bien que ce passeport n’accorde pas à son titulaire le droit de résidence au Royaume-Uni, ni une protection consulaire, il semble représenter pour certain.e.s l’espoir de s’échapper d’une ville que beaucoup commencent à considérer comme un piège mortel. «Je préférerais être un citoyen de deuxième ou troisième classe dans un pays occidental que d’être jeté dans un camp de redressement», a déclaré quelqu’un il y a quelques semaines sur un fil de discussion.

Vu sous cet angle, l’agitation des drapeaux occidentaux apparaît moins comme un acte habile de ruse stratégique que comme un appel pieux et désespéré à un libérateur tout-puissant. C’est un mélange mortel de peur et de naïveté – les deux se nourrissant et s’agglutinant – que nous nous efforçons de combattre. Nos ami.e.s états-unien.e.s nous ont récemment proposé un merveilleux slogan que nous espérons répandre partout: «Chinazi et Amerikkka: deux pays, un système».

Quelles institutions et mythes ont perdu leur légitimité aux yeux du public durant cette agitation? Lesquels ont conservé ou acquis une légitimité? Pouvez-vous décrire le succès ou l’échec des initiatives visant à critiquer ces institutions et ces mythes, ou du moins à ouvrir un dialogue à leur sujet?

Comme nous l’avons décrit dans l’interview précédente, pendant de nombreuses années, on a cru qu’il y avait deux formes de lutte sociale : les manifestations pacifistes, civiques et distinguées accessibles aux femmes au foyer, aux personnes âgées et aux autres qui ne pouvaient pas prendre le risque d’être arrêtées, et une participation conflictuelle et belliqueuse sur le terrain, employant diverses formes d’action directe Ces deux forme persistent, mais ce qui est sans précédent dans la situation actuelle est qu’elles sont toutes deux illégales: le gouvernement rejette les demandes de manifestation et toute assemblée est interdite de facto, aussi anodine soit-elle. Le simple fait d’être physiquement présent sur les lieux d’un rassemblement illégal ou à proximité de celui-ci constitue déjà un motif d’arrestation et de détention. Lorsque vous êtes assis dans le métro ou le bus, vous ne savez jamais si des escadrons anti-émeute ne vont pas prendre d’assaut le véhicule et tenter de battre toutes les personnes à bord, si des agent.e.s de sécurité ne vont pas vous dénoncer aux flics ou vous suivre jusqu’à devant chez vous, si tard dans la nuit les triades seront présente en nombre là où vous vivez. Le militantisme vous transforme en un corps qui peut être mutilé, torturé et, semble-t-il, tué par celleux dont les actes sont autorisés au nom de «l’ordre». Comme les gardien.ne.s de l’ordre le disent clairement, nous sommes des « cafard.e.s », des parasites à exterminer et à éliminer pour que les affaires puissent se dérouler sans encombre.

Qui plus est, faire preuve de sympathie pour la lutte pourrait très bien vous envoyez au chômage si vous travaillez pour une entreprise qui entretient des liens de longue date avec le marché chinois. Prenons le cas très médiatisé de Cathay Pacific, dont la haute direction a exigé une liste des membres d’un syndicat qui avaient participé au mouvement ou qui avait aidé à divulguer des informations sur les déplacements de la police ; cette compagnie procède actuellement à une purge complète des militant.e.s faisant parti de son personnel, sous la direction d’informateurs carrièreistes faisant également parti du personnel de l’entreprise..

Les professeur.euse.s d’école qui vous avaie,t enseigné l’algèbre il ya quelques mois pourraient aider à votre arrestation; Les direc.teur-trice.s et les chef.fe.s de services restent les bras croisés pendant que des escouades anti-émeute vous arrêtent, vous et vos ami.e.s, devant le bâtiment de votre école. C’est la réalité à laquelle les manifestant.e.s se sont rapidement habitué.e.s. En conséquence, des réseaux de soutien mutuelle se sont rapidement formés pour remédier à la situation, en offrant des emplois, un abri, des transports et des repas aux personnes dans le besoin.

Bref : l’avenir, vu comme une perspective d’évolution prévisible, un cheminement de projets et de prévisions réalisables et anticipés, s’est effondré, et nous nous retrouvons à consulter, à chaque instant, les cartes actualisées en temps réel par des bénévoles, nous indiquant les stations à éviter, les routes à contourner, les quartiers qui sont actuellement gazés La vie quotidienne elle-même devient une série de manœuvres tactiques, chacun.e devant faire attention à ce qu’iel dit au déjeuner dans les cafés et les cantines de peur d’être entendu.e et dénoncé.e, expérimentant différentes façons de prendre le métro gratuitement sans être trop visible, inventant des codes à utiliser sur les messagerie instantanée ou les médias sociaux pour échappent au déchiffrement rapide. Il est tout à fait extraordinaire que tant de personnes souhaitent renoncer au confort et aux commodités loufoques de la métropole, ainsi qu’à la jouissance de l’anonymat dans l’exercice de leurs activités. Il est nécessaire de trouver et de maintenir la clandestinité par d’autres moyens.

On ne peut nier qu’à travers tout cela, un sens d’invention et d’aventure sature les détails de nos vies éveillées.

Grafitti exhortant les gens à frauder le métro à Sheung Wan. Parmi un ensemble de photos de kjbb, ttbb, hybb de tclc.

Que faudrait-il pour que l’agitatio, se propagent en Chine continentale – si ce n’est par le biais de ce mouvement, dans une continuation de celui-ci? Ou est-ce que les principes du mouvement lui-même rendent cela impossible ?

D’une part, il faudrait se rendre compte que Hong Kong dépens de la Chine pour la majeure partie de sa nourriture et de son eau. Ce fait à lui seul devrait rendre évident que toute révolte réussie doit nécessairement impliquer un soutien actif de la part de camarades des régions environnantes de Hong Kong. Cet impératif pratique trouverait plus facilement ici un public que des arguments abstraits, car les Hongkongais.e ne font preuve que de peu de patience pour les discussions sur l’idéologie.

Il convient de noter ici qu’il s’agit d’un point litigieux; Plusieurs membres de notre collectif suggèrent que cette dépendance est un point de vive rancun pour beaucoup d’habitant.e.s de Hong Kong, d’autant plus qu’elle est la conséquence d’arrangements politiques sinistre qui ont vu la décimation progressive d’une grande partie des terres agricoles de Hong Kong dans les territoires du nord-est, qui ont été déboisées pour faire place à des complexes résidentiels privés qui sont souvent soumis à la spéculation étrangère (et continentale), ainsi qu’au contrat grotesque d’importation d’eau que nous avons conclu avec Guangdong. C’est-à-dire que cette dépendance ne fait que renforcer la soif d’indépendance et de souveraineté au lieu de l’atténuer.

Une autre étape nécessaire consisterait à abandonner le fantasme selon lequel Hong Kong est une exception, la façon dont les gens imaginent la ville comme un paradis libéral de classe mondiale peuplé de cosmopolites libres d’esprit et épris de liberté, par opposition aux paysan.e.s du Nord, lèche-bottes,grossièr.e.s et complètement endoctriné.e.s . Aussi banal que cela puisse paraître, nous devons vider « l’identité de Hong Kong » de tout contenu positif – toutes ses prétentions de civilisation, d’urbanité et de dévellopement – afin de faire place à la négativité parfaite de la révolte prolétarienne, qui peut supprimer de manière décisive le brouhaha séparatiste générée par les gouvernements des deux côtés de la frontière. Il faut dire que chaque fois qu’il y a eu un soulèvement ou un  » incident de masse  » en Chine au cours de cette lutte, les gens y ont prêté une grande attention.

Beaucoup ont également exploré des voies inventives pour pour passer des informations «en contrebande» sur le continent, allant même jusqu’à éditer des vidéos porno sur des sites pour adultes chinois, en remplacant des séquences d’éjaculation par celles de brutalités policières à Hong Kong. Cela nous rappelle nos anciennes rébellions chinoises préférées, où l’information de contrebande circulait à travers des parchemins cachés dans des brioches et des pâtisseries.

Comme nous l’avons mentionné plus haut, certain.e.s défendent volontiers «l’indépendance» et l ‘«autonomie» de chaque région de Chine, la balkanisation du pays à la suite de la chute du parti communiste (cette dernière étant la priorité, l’indépendance étant considéré comme une simple conséquence avantageuse). Pourtant, pour d’autres, il est un espoir plus plausible, si l’on considère que les gens de l’autre côté de la frontière sont souvent imaginés comme des brebis égarées surveillées par un berger tout-puissant, que la souveraineté de Hong Kong soit renforcée par la menace de la force militaire internationale, et que sa frontière soit contrôlée afin que notre destinée soit dissociée de celle de la Chine.

Démanteler cette matrice idéologique et saper les bases de l’identité culturelle de Hong Kong en faveur d’un travail transfrontalier dangereux est un travail profondément désagréable et impopulaire. À vrai dire, peu d’entre nous savent comment s’y prendre à grande échelle, d’autant plus que tous les canaux d’information du continent sont soumis à des contrôles approfondis. Nos ami.e.s du continent ont déployé des efforts considérables pour diffuser des informations sur cette lutte sur les forums et les médias sociaux, mais ces informations sont souvent rapidement supprimées et leurs comptes rapidement bannis.

Vous pouvez imaginer à quel point cette tâche est décourageante, la difficulté étant aggravée par son urgence – en particulier maintenant que les foules commencent à former des chœurs pour chanter un nouvel hymne national de Hong Kong dans les espaces publics.

De drôles de graffitis qui juxtaposent l’éloquence old school à la vulgarité: «De nos jours, la moralité a été jetée aux chiens, le peuple a été contraint de se révolter, nique ta mère ». Cette dernière phrase étant la grossièreté la plus utilisé en cantonais. Parmi un ensemble de photos de kjbb, ttbb, hybb de tclc.

Donnez-nous un aperçu des innovations tactiques et techniques survenues au cours des derniers mois et de ce qu’elles ont permis aux participant.e.s de réaliser, qui était auparavant impossible. Imaginez que vous vous adressiez à des personnes qui se retrouveraient dans une situation similaire à la vôtre dans le futur.

Dans les années à venir, nous continuerons à un regard rétrospectif et à nous émerveiller de toutes les choses incroyables qui ont émergé en réponse aux problèmes concrets rencontrés par les insurgé.e.s au cours des trois derniers mois.

En réponse au fait que des adolescents n’avaient plus de foyer où retourner parce que leurs parents les avaient pratiquement « reniés » à cause de leurs participations aux manifestations et qui étaient restés dans la rue lorsque l’état d’urgence a été déclaré, des gens ont créé un réseau d’appartements ouverts où les jeunes militant pouvaient se réfugier et rester temporairement. En réponse au fait que les minibus, bus et rames de métro n’étaient plus de moyen sécuritaire pour permettre aux manifestant.e.s de s’échapper, des réseaux de covoiturage ont été mis en place via Telegram pour «aller chercher les enfants à l’école». Nous avons rencontré des conduc.teur-trice.s âgés qui ne savaient même pas comment utiliser Telegram, mais qui tournaient en voiture à mainte reprises autour des «zones sensible» signalées par les informations à la radio, à la recherche de manifestant.e.s en fuite qui avaient besoin d’être évacué.e.s rapidement à l’abri du danger.

En réponse au fait que des jeunes en première ligne des manifs n’avaient pas de travail ou pas assez d’argent pour acheter de la nourriture, des travailleur.euse.s ont préparé des distribution de coupons de supermarché et de restaurant à destination de ces jeunes avant les affrontements de grande ampleur. Les conserva.teur-trice.s se servent souvent de ce fait remarquable pour suggérer que des puissances étrangères sont à l’origine de cette «révolution des couleurs», car… d’où provient tout l’argent pour ces coupons? Il doit y avoir quelqu’un.e qui finance ça! Iels ne peuvent pas imaginer qu’un.e travailleur.euse soit prêt à mettre la main au portefeuille pour aider une personne qu’iel ne connaît pas.

En réponse aux souffrances, aux traumatismes et à l’insomnie induits par une exposition à long terme aux gaz lacrymogènes et à la violence policière, qu’elles soient expérimentés directement ou via des diffusions vidéos en direct, des réseaux de soutien sont apparus pour offrir des conseils et des soins. En réponse aux enfants qui n’avaient plus assez de temps pour faire leurs devoirs parce qu’iels sont dans la rue toute la nuit, des chaînes Telegram sont apparues pour offrir des services de tutorat gratuits. En réponse aux étudiant.e.s «ne pouvant pas avoir d’éducation» parce qu’iels étaient en grève, des personnes ont organisé des séminaires sur toutes sortes de sujets politiques dans des écoles sympathiques à la cause et dans des espaces publics.

Entre-temps, des forums de discussion sur Telegram ont été ouverts pour discuter de sujets qui pourraient intéresser les manifestant.e.s. nous sommes en train d’en commencer un nous-mêmes. Les sujet peuvent être technique (comment démonter un distributeur de billets de métro, comment traverser un tourniquet sans payer), historique (nous en avons récemment vu un sur la Révolution française), spirituel, ou parler d’auto-défense et d’arts martiaux.

Toutes ces mesures sont époustouflants par leur ampleur et leur efficacité. Des groupes affinitaire se forment pour fabriquer des Molotov et les tester en forêt. D’autres développent des amitiés et une confiance mutuelle en jouant à des jeux de guerre dans les bois, en organisant des simulations de tirs croisés avec la police. Des dojos d’arts martiaux improvisés sont organisés dans les parcs et sur les toits. Vous pouvez dire ce que vous voulez des gens de cette ville, iels sont extraordinaires pour résoudre des problèmes pratiques avec un minimum de tracas.

Cette lutte a joué un rôle pédagogique pour tou.te.s celleux qui y ont participé. C’est une pédagogie phénoménologique dans laquelle la ville que nous habitons a acquis une signification entièrement nouvelle à travers le processus de la lutte; chaque aspect de chaque ville a pris une signification tactique profonde. Vous devez savoir quelles sont les zones fréquentées par les triades ; chaque virage sur la route et chaque cul-de-sac peut faire une différence si vous voulez quitter la manifestation en un seul morceau Au cours des derniers mois, nous nous sommes retrouvés dans des quartiers qui nous sont étrangers, mais même les quartiers dans lesquels nous avons grandi au cours de notre vie deviennent étranges lorsque nous fuyons des escouades anti-émeutes ou lorsque nous consultons les discussions sur les forums remplis d’histoires partagées par celleux qui, grâce à leur emploi ou à leur expérience, connaissent intimement des particularité de la ville que nous n’aurions jamais pu connaître par nos propres moyens Ajoutez à cela les extraordinaires cartes en temps réel créé en équipes pour indiquer les zones dangereuse et les possibilité d’évasion et vous commencez à comprendre comment les trois derniers mois ont été une visite guidée accélérée psychogéographique et cartographique de notre ville, dont la valeur est inestimable tant pour cette lutte que pour celles à venir.

Bien sûr, en fin de compte, il ne s’agit pas simplement de celleux qui sont dans la rue; il y en a beaucoup, même dans notre propre collectif, qui préfèrent, pour diverses raisons, ne pas être là où se déroule les combats de rue. Les contributions monumentales de celleux qui créer des cartes et fournissent des informations en temps réel vers l’extérieur, vérifiant inlassablement l’exactitude des données qui circulent en continu en provenance de nombreux canaux, ont été déterminantes pour la sécurité des militant.e.s et l’exclusions des fausses nouvelles. (certains comptes sur les forums diffusent en permanence de fausses informations dont le but reste inconnu). Il est également significatif que les gens prennent le temps, après un combat de rue épuisant, de débattre collectivement des moindres détails de tactique sur les chaînes Telegram et les forums, en toute sincérité et dans un esprit de camaraderie. C’est ce qui permet de réaliser chaque initiative prévue, qu’il s’agisse de la fermeture d’une ligne de métro, d’une route menant à l’aéroport ou de l’aéroport lui-même, même si, comme dans le cas de la ligne de métro, les premières tentatives ont été hésitantes et infructueuses La volonté d’atteindre des objectifs doit être associée à la détermination collective de créer l’infrastructure d’information nécessaire à leur réalisation.

Que peuvent faire les personnes en dehors de Hong Kong pour soutenir les personnes arrêtées et les prisonnier.e.s de ce mouvement, et plus particulièrement les anti-autoritaires? Y a-t-il autre chose que vous voudriez que des gens ailleurs dans le monde fassent pour vous soutenir?

Dans les prochains jours, nous divulguerons des informations sur une action de solidarité mondiale que nous coordonnons avec des ami.e.s à l’étranger. Observez ce site!

En outre, il serait extrêmement utile de publier votre propre littérature sur la situation à laquelle nous sommes tou.te.s confrontés, en ce moment historique, en ce qui concerne la Chine et le développement continu des technologies de surveillance dans le monde. Nous ne pouvons pas permettre que le récit de cette lutte tourne simplement autour de dénonciations perverses du Parti communiste. Le parti est absolument digne de notre mépris, mais nous ne devons pas imaginer que tout les maux monde sont concentré en Chine, nous ne pouvons pas permettre cette reproduction grotesque de la guerre froide avec sa division risible entre les honnêtes citoyen.ne.s du «monde libre» et les sentinelles de 1984 servent à nous distraire des exigences de notre temps et du projet de hâter la ruine de tout ce qui continue de nous séparer de la vie qui nous attend.

Répandons l’esprit de la dérision prolétarienne. Laissez-nous rire dans toutes les langues que nous connaissons!

Pour une lutte contre le nationalisme, le capitalisme et l’État sous toutes leurs formes.
  1. Une grenade en éponge ressemble à une balle en caoutchouc, sauf qu’elle est environ vingt fois plus grande et se termine par une éponge en polystyrène à la place du caoutchouc. 
  2. Les triades sont des membres de gangs impliqués dans les organisations de racket qui existent depuis longtemps à Hong Kong et en Chine continentale. Leur généalogie remonte aux sociétés secrètes qui se sont opposées à la dynastie Qing pendant la période impériale, un cas d’école sur comment les organisations révolutionnaires sont récupérées. 
  3. En vertu de la loi de Hong Kong, les employeur.euse.s ne sont tenus de donner à leurs assistant.e.s qu’un jour de congé par semaine et beaucoup trouvent le moyen de violer cette loi. 
  4. Vous pouvez consulter l’interview ici , ainsi que de nombreux autres exemples des vastes réseaux de contrôle en Chine que le curateur a rassemblés au cours de nombreuses années de recherches laborieuses. 
  5. Note de l’éditeur: Malheureusement, ce n’est pas vrai. En Allemagne, lieu de naissance de la tactique du black bloc, des radicaux de gauche « anti-deutsch » sont réputés depuis longtemps pour défiler avec des drapeaux états-uniens, et souvent dans des black bloc. La stupidité de chercher à se sauver d’un empire en plogeant dans les bras d’un autre ne connaît pas de frontières – et le militantisme solitaire ne peut pas le justifier 

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