Aller à la barre d’outils

Le mouvement étudiant au Chili : De la dictature à la démocratie, la flamme de la révolte

Le mouvement étudiant au Chili : De la dictature à la démocratie, la flamme de la révolte

Traduction d’un texte de Crimethinc.

luttes étudiantes Chili

Il y a quarante-quatre ans aujourd’hui, le 11 septembre 1973, une dictature militaire prenait le pouvoir au Chili par le biais d’un coup d’État parrainé par la CIA. Celle-ci a assassiné des milliers de personnes sans jugement, torturé des dizaines de milliers de personnes et forcé des centaines de milliers d’autres à l’exil dans une série d’atrocités que certain.e.s partisan.e.s de Trump rêvent ouvertement de perpétrer aux États-Unis . Aujourd’hui, l’héritage de la dictature persiste dans les lois adoptées et dans les politiques néolibérales acerbes qu’elle avait instaurées, mais aussi dans l’appareil répressif de maintien de l’ordre qui sert aujourd’hui la démocratie de la même façon qu’il a servi un dictateur. Mais autre chose persiste également: un puissant mouvement de résistance. Dans le dernier volet de notre série sur l’organisation des étudiants , nous avons interrogé un participant anarchiste du mouvement étudiant chilien, dans l’espoir de donner un aperçu de ce à quoi ressemblent les luttes des étudiants en dehors des États-Unis.

Réponses fournies par Samuel Cactus. Photos de Frente Fotográfico .

étudiants révoltés
La jeunesse chilienne en révolte.
fuck the police
Attitude.
émeute chili
Les étudiants gagnent contre la police anti-émeute militarisée.

Pouvez vous retracer les origines de la participation anarchiste au mouvement étudiant contemporain au Chili.

L’anarchisme a explosé au Chili au cours des deux premières décennies du 20ème siècle. Le mouvement ouvrier avait largement répandu ce courant idéologique par des grèves telles que la grève des débardeurs en 1903, la grève des charcutiers en 1905 et la fameuse grève des mineurs de 1907 à Iquique. L’anarchisme a commencé à décliner à partir des années 1930 en raison de la montée du marxisme d’une part et du fascisme d’autre part, au même moment certaines parties de la gauche devenaient de plus en plus institutionnalisées et intégrées au système électoral bourgeois. Au cours des décennies suivantes, l’influence de l’anarchisme a diminué dans le mouvement ouvrier jusqu’à devenir, au moment de la dictature (1973-1990), une position minoritaire, que l’on retrouvait surtout dans des petits cercles d’intellectuel.le.s.

Dans les années 1990, l’anarchisme a commencé à renaître au Chili, parallèlement à la scène punk émergente et à la participation d’ encapuchados (masqué.e.s) aux protestations universitaires et aux manifestations de rue. À cette époque, l’anarchisme n’était plus ancré dans le mouvement ouvrier; il était en train de renaître comme faisant partie de la scène contre-culturelle dans les rues, les squats, les lycées, les universités et autres espaces informels, parmi les générations qui avaient grandi pendant la dictature tout en écoutant des groupes comme La Polla Records, Los Misérables, Fiskales Ad -Hok, Ska-P, etc.

Il y avait aussi l’influence des dernières générations de jeunes combattant.e.s des années 1980. À cette époque, les jeunes avaient beaucoup appris sur le combat de rue en résistant à la dictature, même si idéologiquement, cela n’allait pas souvent au-delà de l’opposition à la police. L’influence de la guérilla hétérodoxe marxiste MAPU-Lautaro, par exemple, et le déclin de groupes marxistes armés plus traditionnels tels que le FPMR (Front patriotique Manuel Rodriguez, la branche de guérilla du Parti communiste) et le MIR (Mouvement de gauche révolutionnaire) ont créé une situation dans laquelle la lutte armée n’était plus centralisée dans les mains de groupes aspirant à prendre le pouvoir de l’État. À mesure que les groupes centralisés déclinaient, des groupes et des positions minoritaire firent leur apparition, s’organisaient horizontalement et pratiquaient un faible niveau de violence défensive.

Cela a ouvert la voie à la nouvelle génération d’ encapuchados, née dans les années 90, pour faire progresser une nouvelle position et de nouvelles formes d’action durant l’explosion massive du nombre de manifestations lycéennes en 2006.

assemblée de luttes
Une assemblée d’élèves du secondaire.
Tag masque
« Le masque est le visage du peuple. »

Les premières manifestations contre la hausse des frais de scolarité à l’université à l’époque du président Ricardo Lagos (2000-2006) avaient commencé à prendre de l’ampleur en 2004. En 2006, la dénomée «révolution des manchots» a éclaté. Ce fut la première mobilisation d’étudiant.e.s à grande échelle depuis les manifestations qui avait eu lieu dans les années 1980 sous la dictature. Cette fois, c’était une génération qui n’avait pas vécu sous la dictature, une génération qui a grandi dans la démocratie mais qui s’est rendu compte que le fantôme de Pinochet était toujours présent – que nous vivions dans le cadre normatif imposé par le gouvernement militaire de Pinochet et leurs civiles technocrates. C’est toujours le cas aujourd’hui.

À cette époque, en 2006, la loi constitutionnelle organique sur l’éducation (LOCE) mise en place sous la dictature était toujours en vigueur. Elle garantissait une éducation précaire pour les pauvres et une éducation de luxe pour les riches, créant ainsi un clivage brutal entre les classes qui se manifestait dans les scores aux examens de sélection universitaires. Au même moment, Santiago était en proie avec un mécontentement généralisé engendré par l’introduction d’un nouveau système de bus urbain («transantiago») – un désastre total qui avait de graves conséquences pour celleux qui devaient se déplacer à travers les quartiers modernes et bourgeois de Santiago.

contre autorité
Graffiti sur le campus « Contre toute autorité. »
Molotov
L’autonomie du campus en action.

Tout au long du processus de la rébellion étudiante, la question de la légitimité de la violence en tant que moyen d’expression politique s’est faite sentir. Les différentes réponses à cette question reflètent toutes les diverses positions que vous pouvez trouver dans ce mouvement comprenant des idéologies différentes. Une nouvelle génération de jeunes anarchistes et de marxistes s’est différenciée dans ces débats, lors des manifestations étudiantes et des manifestations annuelles traditionnelles du 1er mai et du 11 septembre.

La violence a toujours été controversée en tant que moyen de lutte, mais les disputes au sein du mouvement étudiant actuel sont centrées autour de cette question. Pour situer cela dans un contexte historique, nous pouvons opposer ces disputes aux débats des années 1960, 70 et 80. Dans les années 1970, le principal conflit des mouvements ouvriers et étudiants concernait la dichotomie réforme / révolution – par exemple, le MIR invoquait la nécessité d’une lutte armée contre le réformisme démocratique du parti communautaire (PC). En revanche, dans les manifestations du XXIe siècle au Chili, les groupes qui utilisent la violence ne se contentent pas de faire face à la police – iels s’opposent à toutes les structures qui centralisent le pouvoir politique, religieux, économique ou social. C’est pourquoi les manifestant.e.s ciblent parfois les banques, les pharmacies, les bâtiments gouvernementaux, les églises, les chaînes de fast-food, etc.

C’est la conséquence de la transformation opérée de la dictature vers le modèle actuel de la société chilienne. Les manifestant;e.s ne se disputent plus simplement pour savoir si une réforme ou une révolution est le meilleur moyen d’abolir la dictature. La tension entre celleux qui utilisent la violence contre le pouvoir et les propriétés de l’Etat et celleux qui cherchent à s’exprimer par le biais des voies légales établies est beaucoup plus complexe.

Une des raisons à cela est que la protestation sociale au Chili au XXIe siècle est hétérogène et diversifiée. De nombreuses tendances politiques ne peuvent même pas se mettre d’accord sur quoi elles sont en désaccord. Vous avez des secteurs réformistes comme le parti communiste, la Revolucion Democartica, des groupes plus anciens comme le MIR ainsi que tout le reste de la gauche institutionnelle impliquée dans le jeu de l’électoralisme bourgeois; il y a ensuite les trotskistes de toutes sortes: les guevaristes, les vieux marxistes-léninistes, les néo-marxistes; et enfin, il y a toutes sortes d’anarchistes, comprenant les anarchistes insurrectionnalistes, les individualistes, les anarcho-communistes, les anarcho-syndicalistes, les anarcho-punks et les nihilistes. Cela rend complexe la contestation sociale actuel au Chili. Pourtant, en ce qui concerne la violence, certaines polarités apparaissent. Dans les moments de confrontation, deux positions se dégagent à propos de ces actes: celleux qui soutiennent la violence encapuchado contre l’ordre social (qu’iels soient marxistes, anarchistes ou autres) et celleux qui réagissent contre celle-ci. Pour la frange institutionnel du mouvement étudiant, par exemple, la violence encapuchado (que l’on qualifierait de «Black Bloc» en Amérique du Nord) constitue un obstacle, car elle ne se concentre pas sur «l’opinion publique» et érode la confiance que les groupes réformistes cherchent à avoir en dialoguant avec le pouvoir .

En soi, le mouvement étudiant est un mouvement social-démocrate et réformiste qui ne cherche pas à abolir l’État, les classes sociales, la propriété, le mode de production capitaliste ou la domination patriarcale. Fondé sur des institutions bourgeoises, il présente la violence comme contre-productif car, plutôt que de rompre avec lui, le mouvement étudiant cherche globalement un accord avec le pouvoir.

D’autre part, les anarchistes (qui constituent une grande partie des encapuchados ) ne veulent pas dialoguer avec le pouvoir. Les anarchistes recherchent la confrontation directe. iels ne demandent pas une éducation gratuite de la part de l’État. Ces différences expliquent pourquoi les conflits entre organisations cooptées institutionnellement et anarchistes insurrectionnels dégénèrent souvent en affrontements physiques.

Affrontements police
Des affrontements avec la police depuis les murs de l’université.
Défense de l'occupation
Défendre une occupation.

En 2011, lorsque la demande d ‘«éducation gratuite» s’est généralisée, les marches de protestation ont attiré un nombre sans précédent de participant.e.s. En conséquence, la violence encapuchado , la répression policière, l’organisation réformiste et toutes les tensions entre ces phénomènes ont atteint leur apogée, ainsi que le mouvement étudiant lui-même. Cela a eu pour résultats des affrontements physiques récurrents impliquant des «pacifistes», des étudiant.e.s réformistes et des militant.e.s des partis de la gauche institutionnelle sur la question de la violence ainsi que sur leurs différents objectifs et positions.

Les événements de 2011 ont été une sorte de point culminant résultant de toutes les leçons accumulées par les gens depuis les années 1990. L’échelle qu’ont pris les occupations d’écoles et les grèves étudiantes était une nouveauté, mais les anarchistes n’étaient guère les seuls impliqués. Dans la plupart des cas, les occupations et les grèves avaient pour but de faire pression pour des revendications réformistes plutôt que de prendre le pouvoir ou d’être vu comme un pas vers une insurrection généralisée. Les anarchistes ont profité de la situation pour propager nos idées, s’adresser aux étudiant.e.s nouvellement mobilisés et mener des actions. Nul doute que c’était une période de croissance anarchiste, tant en termes de fréquentation d’ encapuchado que du nombre de collectifs, squats, livres publiés, ateliers, dîners, discussions, spectacles de soutien, prisonnier.e.s, etc.

Bien sûr, il y a beaucoup d’étudiant.e.s qui ne sont ni marxistes ni anarchistes, qui adhèrent simplement à la cause de l’éducation publique gratuite, tout en portant un masque pour faire face à la répression. En 2011, tout comme en 2006, la répression policière était si intense que des étudiant.e.s réformistes et des étudiant.e.s non politisé.e.s du point de vue idéologique ont également affronté la police – non pas dans l’intention d’être offensif.ve.s, mais plutôt parce qu’iels croyaient en des droits, c’est-à-dire qu’iels réagissaient contre ce qu’iels considéraient comme une violence «illégitime» envers un mouvement légal qui ne devrait pas être réprimé parce qu’il était démocratique.

Par ailleurs, certaines tendances marxistes telles que les guevaristes, les léninistes et les trotskystes légitiment la violence encapuchado , mais uniquement quand cela leurs agendas, dans certains contextes, tant qu’elle est «approuvée par les masses», quand ce n’est pas une «action individuelle», seulement quand elle est encadrée dans la lutte de classe. On peut identifier de nombreu.x.ses anarchistes, même au sein d’organisations anarchistes, qui ont des positions plus individualistes et qui croient en la guerre contre la société en général (guerre sociale), au-delà de la lutte de classe. D’autres anarchistes, tels que celleux qui s’alignent sur le communisme libertaire ou sur des courants plus collectivistes, comprennent également la violence encapuchado comme une expression de la lutte des classes, mais sans y mettre autant de conditions que les marxistes. L’action individuelle ne pose pas tant de problèmes si elle se situe dans un contexte de protestation collective.

Le débat autour de la violence a même provoqué des violences entre les manifestant.e.s étudiants. Au cours des affrontements entre des encapuchados et la police, les anarchistes et les encapuchados ont souvent dû faire face à des tendances légalistes et réactionnaires qui tentaient de les en empêcher, ce qui a presque toujours abouti à des affrontements physiques entre ces deux types de manifestants.

Manif étudiante
Jeunesse en marche.
Résistance
Résister à la répression.

Quelles sont les différentes tactiques et stratégies anarchistes de participation aux mouvements d’étudiant.e.s?

Les anarchistes sont impliqués dans le mouvement étudiant, mais sans faire de demande à l’État. Iels participent dans le but de radicaliser la lutte des étudiants, de propager des idées anti-autoritaires et de participer à des affrontements de rue. De nombreu.ses.x anarchistes tentent de politiser leur environnement social dans leurs lycées et universités, en particulier les camarades qui s’identifie plus au bakouninisme et au communisme libertaire. Les tendances plus nihilistes, insurrectionnelles et individualistes se concentrent davantage sur la participation à la violence de rue dans le contexte de manifestation de masse.

À l’heure actuelle, les tactiques de confrontation sont entièrement utilisées au service des protestations institutionnelles, pour faire pression sur le gouvernement. Elles n’ont pas d’objectif révolutionnaire, car le mouvement étudiant lui-même n’a pas d’objectif révolutionnaire.

Indépendamment de cela, elles étaient importantes parce qu’au sein des occupations d’écoles, il existait des relations de solidarité, des activités en faveur des grèves, des activités de soutien pour les prisonnier.e;s, des forums et discussions politiques, etc. En participant à ces activités, beaucoup de jeunes dont les revendications politiques ne se limitait pas à «l’éducation gratuite» ou à «la fin de l’éducation pour le profit» ont été radicalisé.e.s. En outre, même si les occupations et les grèves dans les écoles visaient un objectif réformiste, elles constituaient des manifestations de rébellion qui défiaient les autorités et dépassaient les formes traditionnelles de protestation.

C’était très intéressant, surtout en 2011. Les occupations des universités et des lycées ont servi d’espaces pour des foires du livre libertaire, des shows punk et des discussions; pendant des mois, elles ont été des espaces libérés, où solidarités et relations horizontales se sont développées en dehors des préceptes du capitalisme et du confort. Il y avait des repas communautaires, des projets collectifs de peinture murale, des livres, des fanzines, des communiqués. Il y a eu également des cas de résistance et de confrontation lorsque la police expulsait finalement les occupations.

Rouge et noir
En service à l’occupation.
Police
Garder la police à l’extérieur

Comment le coût de l’éducation affecte-t-il les étudiant.e.s au Chili? Cela définit-il qui à accès à l’école? Cela façonne-t-il la politique et les priorités des étudiant.e.s? Y a-t-il quelque chose que les formes d’organisations anarchistes peuvent faire à ce sujet?

Au Chili, l’éducation est le moteur qui reproduit et perpétue l’inégalité de classe et la domination d’une classe sur les autres. Au-delà de l’aspect économique, il y a aussi la manière dont l’éducation sert de forme de domestication – elle est faite pour mémoriser des choses plutôt que pour penser par soi-même. Il y a plus de maths qu’autre chose, peu de temps pour l’histoire, et l’histoire qu’on vous y enseignent est une histoire linéaire composée d’événements et de dates qui ne nécessitent aucune réflexion ou interrogation. Toutes les classes sont endoctrinées, afin d’imposer une confiance aveugle dans le capitalisme et l’autorité.

Que peuvent faire les anarchistes à ce sujet? Pas grand chose. La vérité est que l’exigence d’une éducation gratuite de la part de l’État est une lutte institutionnelle réformistes, même si certains secteurs plus radicalisés l’acceptent parce qu’iels la considèrent comme une étape préliminaire vers une lutte généralisée contre le capitalisme. Cependant, les anarchistes se concentrent davantage sur la construction d’espaces de conflit et de radicalisation. L’objectif c’est la révolte, pas la réforme.

Guerre de classe
La révolte, pas la réforme.
Banderoles manifs
« Avec ou sans masque,lutter. »

Parlez-nous de l’aspect culturel dans la résistance des étudiant.e.s.

Cette aspect culturel peut prendre la forme de peintures murales, de foires du livres et de propagande, de la distribution de littérature ( feria ), des expositions d’art et des ateliers. Tout cela a souvent lieu, mais le nombre de ces activités a atteint un sommet en 2011. Par exemple, il y avait des ateliers sur des sujets indirectement liés au mouvement étudiant, tels que les lois héritées de la dictature de Pinochet, la logique de l’éducation basée sur le marché ainsi que sur les solutions proposées par le mouvement, comme l’établissement de nouvelles lois sur l’éducation pour contrer la privatisation de celle-ci.

Les anarchistes ont organisé des ateliers qui allait au-delà de la simple revendication d’accès aux emplois bourgeois et d’une éducation plus «juste». Iels ont proposé une vision libertaire de l’éducation en dehors des relations d’autorité et de domination. La dynamique de ces espaces était différente de celle des centres sociaux squattés, par exemple. Les occupations des universités et des lycées sont presque toutes anticapitalistes, mais divergent en ce qui concerne les idéologies.

Les anarchistes ont toujours été une minorité, tant dans les occupations que dans les rues. Les marches étaient pourtant si massives – impliquant 300 000 personnes en août 2011 – que même s’iels étaient minoritaires, il y avait tout de même BEAUCOUP d’ encapuchados. Concernant la quantité de dégats infligés, iels étaient véritablement une épine dans le pied des autorités et la police était souvent débordée.

Festival de résistance
Un festival de résistance.
casser caméra
Crever l’oeil dans le ciel.

Voulez-vous conclure avec des histoires concernant les luttes étudiantes au Chili?

La première manifestation de masse de 2011 avait pour but de protester contre les barrages hydroélectriques du sud de la Patagonie, dans le cadre d’un projet de la société HidroAysen. Le gouvernement avait approuvé le projet controversé. en réponse, il y avait eu une énorme manifestation spontanée devant le palais présidentiel, La Moneda. Cela s’est terminé par une grande émeute.

Les pacifistes et les conciliateurs ont tenté en vain d’empêcher les encapuchados d’agir. Iels ont fini par quitter la manif. Vers 22 heures, presque tou.te.s les réactionnaires étaient parti.e.s et seuls les insurgé.e.s étaient encore dans la rue. Quand on regardait Alameda, le boulevard principal traversant le centre-ville de Santiago, on pouvait y voir diverses banques en ruines et entendre le son du bris des vitrines de magasins,d’entreprises et d’institutions. Un McDonalds a été incendié. C’était beau.


Les «promenades à vélo encapuchado » (pensez: «promenades à vélo dans un black bloc») étaient également belles. Je crois qu’il y en a eu 3 entre 2011 et 2013. Elles ont été diffusées par le biais des réseaux sociaux et du bouche à oreille. La police n’a même pas osé tenter d’entrer dans le quartier. Les deux premières balades à vélo ont attiré beaucoup de monde. J’imaginais 500 ou 600 personnes en bloc, à vélo,détruisant les publicités politiques et commerciales et attaquant les voitures de luxe. Le bloc a commencé à la Plaza Italia et, au lieu de se diriger vers le palais présidentiel comme le ferait toute autre manifestation, celle-ci prit la direction opposée vers Providencia, le coeur de la haute société bourgeoise de Santiago, pour finalement arrivée face à l’immense centre commercial Costanera Centre. le plus haut gratte-ciel d’Amérique latine, symbole de la richesse capitaliste. Lors des deux premières balades à vélo, iels ont réussi à entrer dans le centre commercial avec leurs vélos, en scandant «Mort à l’État! Vive l’anarchie! ” et en taguant les murs et les fenêtres des magasins de luxe.

Mais par dessus tout, les jours d’août 2011 furent inoubliables. Il y a d’abord eu le jour de la double manifestation (jour et nuit) du 4 août, puis la grève de deux jours du CUT (Centre des travailleur.euse.s unie du Chili), soutenue par les étudiant.e.s et des syndicats.

Le 4 août, les étudiants passaient à l’action, avec une énorme participation. Dès 7 heures du matin, des barricades avaient été érigées dans différentes parties de Santiago. Durant l’après-midi, il y eu des affrontements avec la police dans le centre-ville. Au final, il n’y a pas eu de manifestation- le gouvernement ne l’avait pas autorisé. C’était pourtant un jour de protestation massive et généralisée, avec des caseroleos, des gens qui frappaient des casseroles depuis leurs patios ou à leurs fenêtres. C’était inhabituel, d’avoir le soutien de la majorité des citoyen.ne.s ordinaires. Même les hippies qui rejettent la violence lançaient des pierres sur la police en réaction au contexte de répression aveugle et d’autoritarisme.

Les journées d’août ont été parmi les rares manifestations qui se sont déroulé pendant cette période où la violence était considérée comme une tactique légitime par une grande partie du mouvement étudiant. À tous les coins de rue du centre-ville, d’énormes groupes d’ encapuchados attendaient le passage des voitures de police pour pouvoir les attaquer. Il y avait des barricades partout et des millions de pesos ont été perdus suite aux destructions de biens. C’étaient la révolte la plus généralisée que j’ai vus de mon vivant.

Zone autonome temporaire
La défense du campus en tant que zone autonome.
Contre la police
Défi.

Voir aussi

Wallonie Lib

Wallonie Lib

Un commentaire sur “Le mouvement étudiant au Chili : De la dictature à la démocratie, la flamme de la révolte

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *